PAUL GAUGUIN (3)

Publié le par N.L. Taram

Extrait d’un texte écrit par Gauguin après son premier séjour en Polynésie. Il a été publié en mai 1894 par la revue Essais d’art libre n°5.

TAHAA MS Gauguin

Sous deux latitudes

Par le 17e de latitude, aux antipodes, les nuits sont toutes belles !

La traînée de lait sillonne la grande vallée et lentement des mondes traversent la voûte céleste : leur trajectoire ne s'explique pas, car le silence subsiste. Ce sont des génies disent les barbares. Ces génies ne sont pas prophètes, ils cherchent une autre patrie.

 

* * *

Autour de l'île les infiniment petits ont formé une barrière gigantesque : les lames secouent et ne terrassent pas la muraille, l'inondant de jets phosphorescents. Ces volutes bordées de verte dentelle je les ai vaguement regardées, ma pensée loin du regard, inconsciente de l'heure : la notion du temps, ces nuits-là, se perd dans l'espace. Je les ai entendues aussi orchestrer en notes de tambour un chant monotone. Ainsi rêvant je suis à peine troublé par le hennissement d'un cheval en rut, un animal qui souffre.  Que m'importe, je deviens égoïste.

Himene tarava

Près de ma case le bois s'annonce ; buissons touffus, arbres à pain, dominés par les cocotiers, et à leurs pieds des groupes se réunissent, des hommes, des femmes, des enfants ; les uns sont de Tahiti, les autres des Tonga, puis des Aroraï, des Marquisiens. Les tons mats de leurs corps se confondent presque avec le velours du feuillage, et de leur poitrine cuivrée sortent de vibrantes mélodies s'adoucissant au contact rugueux des cocotiers.

La première chanteuse commence : comme un oiseau altier elle s'élève subitement aux cimes de la gamme. Son cri puissant s'abaisse et remonte, planant comme l'oiseau, tandis que les autres volent autour de l'étoile en satellites fidèles. Puis, tous les hommes par un cri barbare, un seul, terminent en accord dans la tonique.

Peu savante cette musique... je l'ai souvent entendue, toujours avec émotion, chaque fois étrangement surpris. Je crois me souvenir qu'alors mes sens vibratils s'abandonnaient à l'aigre tatouage de leurs arabesques sonores.

Eux aussi, colons égarés dans l'île, officiers de passage, ils ont été impressionnés par ces chants particuliers que nous nommions des hyménées. L'immense production Européenne nous a-t-elle lassés, rassasiés ?...

(extrait de "SOUS DEUX LATITUDES suivi de NATURES MORTES", Paul Gauguin, édition L'Echoppe)

 

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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christian Penilla y Perella 04/07/2010 00:57



Saint Etienne Claude


 


     Je reviens une dernière fois sur la longueur des cheveaux . j'ai porté les cheveux longs dans la nuque  presque toute ma vie . Actuellement c'est les quelques
rescapés de la vie que je parte longs .


     Dans les années cinquante Pauline X ...... d'une grande famille de Pirae ( elle travaillait au service de l'Enregistrement ) avait des cheveux qui arrivaient à trente
centimètres du sol . Un ami de son père  de nationnalité  américaine lui avait promis un voyage et un séjour aux USA le jour où ses cheveux toucheraient le sol . A un peu moins
d'un an plus tard son père téléphonnait à son ami pour lui dire que non seulement ils touchaient le sol mais qu'ils étaient encore plus longs que demandé . Elle eut son voyage et son séjour payés
pour les USA .


   Cet américain ne savait pas que Pauline se coupait régulièrement les cheveux .



N.L. Taram 04/07/2010 02:14



En effet, il faut se tailler régulièrement les pointes de cheveux pour qu'ils continuent de pousser et cela certains jours (la lune ?). Mon épouse et ma fille pratique toujours cette coutume...



SAINT ETIENNE Claude 03/07/2010 11:38



Bonjour à tous,


Bien sur Christian et je me délecte, c'est comme cela que je l'avais ressenti.Moi aussi à certains moment je bavarde dans le texte, c'est pour mieux le rendre compréhensible ou abordable.


L'histoire des lumières.... Je n'ai vu cela qu'en Polynésie, pas ailleurs sauf un peu en Chine, mais pas en Afrique. Cette histoire me rappelle celle des Normands qui se servaient de plumes comme
mèches et des mouettes comme réserve de suif pour l'éclairage. Maintenant je ne sais dans quel ordre? Mettaient ils le feu directement aux oiseaux?



N.L. Taram 03/07/2010 12:18



Merci à vous deux pour les complements et les explications que vous donner à mes balbutiements...



christian Penilla y Perella 03/07/2010 10:54



Saint Etienne Claude .


    Si je rentre parfois dans les détails de notre vie d'hier et d'aujourd'hui en Polynésie , ce n'est pas innocent . C'est pour que tu connaîsses mieux mon pays . Je pense que
cela t'intêrresse .



N.L. Taram 03/07/2010 11:03



Ainsi que les nombreux lecteurs de notre blog, avides de connaissance



Taram 03/07/2010 10:07



Christian,


Tu parles de rame de cocotier torsadée pour la pêche de nuit. Voilà un dessin de pêche de nuit aux Marquises, dessiné par Max Radiguet, rédacteur du commandant Dupetit-Thouars, 1842.





Dans la colonne de droite du blog, à la rubrique note, j'explique comment insérer des images dans les commentaires. Bien sur, il est souhaitable de se limiter à une seule et de la réduire au
préalable.



christian Penilla y Perella 03/07/2010 09:28



Taram


 


     C'est incroyable comme ce tableau de Paul Gauguin traduit parfaitement l'atmosphère avec l'éclairage rougeoyant de cette époque . C'est le même éclairages que l'on avait
encore dans les années cinquante ( 1950 ) , éclairage avec des torchères faites avec une palme de cocotier sèche  et torsadée  , les même que nous utilisions pour la pêche de nuit
en  mer  . Avant l'arrivée des lampes à gaz qui donnent une lumière blanche nous utilisions ces torchières en " ni'au " ( rame de cocotier ) pour nous éclairer en certaines occasions




N.L. Taram 03/07/2010 09:58



Bonsoir Christian,


Contrairement à de nombreux écrivains ou artistes qui ne voient et ne décrivent la Polynésie que de l'extérieur (avec un oeil popaa), Gauguin la décrit et la peint de l'intérieur... il
vit à l'intérieur.



Taram 02/07/2010 23:02



Bonjour Christian,


Je viens de trouver le fare himene peint par Gauguin.





ça marche avec servimg.com mais pas avec imagehotel.net. Par contre je ne peux pas publier d'image quand je réponds à un commentaire.



christian Penilla y Perella 02/07/2010 22:51



Taram


 


Merci pour la photo .


 En général les polynésiens hommes portaient les cheveux au niveau des épaules , c'était courant . En tant que conseiller j'ai reçu deux ministres d'outre mer les cheveux sur les
épaules et j'étais loin d'être le seul . Cela faisait contraste particulièrement avec un des ministre d'outremer en la personne de Pierre Mesmer ( 25/02/1971 à 06/07/1972 ) , coupe militaire
règlementaire .   



Taram 02/07/2010 22:10



dernier essai avec servimg.com






christian Penilla y Perella 02/07/2010 11:38



Taram


   La photo du groupe est récente , elle est en couleur ( pas coloriée ) , les filles ont les cheveux courts ou mi long , ce qui était rare il y a cinquante ans . A cette époque là
 les cheveux des femmes étaient trés longs . Ma mêre dans sa jeunesse les portaient jusqu'aux mollets , c'était courant . C'est si beau les cheveux trés longs et  profondément noirs .
C'est si féminin . Que de choses changent .


  Je parles des cheveux par ce que à l'époque c'était frappant ces cheveux noirs  flottant dans le dos recouvrant les robes " mumu " de couleur trés claire ou blanche . Les femmes à
l'époque s'habillaient de cette façon pour les " himene tärava .



N.L. Taram 02/07/2010 12:08



Pour faire plaisir à Christian, une photo de son époque... 1918/19


http://idata.over-blog.com/1/73/09/87/Articles-Juillet-2010/1918_19.jpg



sylvie-anneTu as 02/07/2010 10:12



tu as raison je les pressents les belles. J'ai cassé ma tirelire pour elles sans regret.


Je ne connais que Nuku Hiva  et cette fois c'est Hiva Oa, Ua Pou et Ua Uka  et je peaufine mon séjour avec de belles lectures marquisiennes.


Les préparatifs , l'avant voyage, font aussi partie du rêve.


C'est là que le merveilleux intervient . ...... 



SAINT ETIENNE Claude 02/07/2010 10:05






Voilà l' objet du désir de Maugham. Belle fille non?



N.L. Taram 02/07/2010 10:46



La photo n'est pas passée mais je vais mettre le lien... (c'est pas très au point)


http://idata.over-blog.com/1/73/09/87/Articles-Juillet-2010/Tuimata.jpg


 



christian Penilla y Perella 02/07/2010 09:48



      Ces himene ( himéné ) tärava sont plus impressionnants éclairés par des flambeaux que par la lumière de la lune . Eclairés par des flambeaux la lumière est
vacillante, les reflets sont rougeoyants , les " värua' ino " : les esprits maléfiques ( ? )  se promènent . Cela renforce les ressentiments .



christian Penilla y Perella 02/07/2010 09:37



    Paul Gauguin parlait des " himene tärava " . Dans ma jeunesse et mon adolescence ces chants étaient le point d'orgue des fêtes du " juillet " . Chaque district avait
son groupe de femmes et d'hommes qui concouraient pour être les meilleurs . Il en était  de même pour ceux qui venaient des îles .


    Les australes , tärava rurutu ,tärava tuha'a pae, Tahiti , tarava tahiti , tarava raromata'i pour les îles sous le vent , et tärava rüa'u ( les anciens ) .Pour
nous c'était un délice . Je ne site pas les meilleurs pour ne pas faire de jaloux . Ce qui n'empêche pas que étant de Faa'a je dirais que l'on était parmis les meilleurs , sinon ......bien
souvent les meilleurs  


    Je parles naturellement  des plus connus .


   Le soir à la lueur des flambeaux , c'était encore plus impressionnant et émouvant .



SAINT ETIENNE Claude 02/07/2010 09:13



Bonjour à tous,


Le paradis du rêve n'est pas le même pour chacun. Personnellement je l'ai découvert en mer après une bonne douche, des vêtement propres, une cigarette au
bec.... Des heures et des heures de rêveries. Alors quand tu arrives dans des contrées inconnues, sous une douce chaleur aux parfums enivrants, s'était aux Comores, on dit que ces îles ont
été découvertes à l'odeur de leurs parfums( vanille, ylang-ylang, girofle).... Et que progressivement s' ajoutent les fonds marins inconnus jusque la, puis des paysages (qui dépaysent), des
populations et leurs coutumes.... Comment ne pas résisté à tout cet inconnu. Instantanément la balance est faite entre les froidures de l'hiver, la vie habillée de l'hémisphère nord avec son
métro, son boulot, ses vacances convenues, etc.... Alors que sous les tropiques, cette nouvelle contrée est un havre de paix inconnu jusque la. La population y est gaie, souriante, voire
insouciante mais... Accueillante y compris les filles. Quand on a vingt ans l'inconnu, l'émerveillement et les sens prennent le dessus. Attention à celui qui découvre l'amour... Je n'étais pas
près et suis resté bien sage. Quelquefois je me pose la question était-ce bien ou mal?...Certes, ma vie n'aurait pas été la même. Je ne regrette rien, ainsi va la vie...


Taram, a l'opposé de toi, je ne suis pas transcendé par les livres de Maugham mais à sa décharge, l'auteur a très bien relater l'affaire. Tu sais j'ai
toujours la photo de Tuimata que je regarde souvent en pensant à son histoire qui je pense, est vraie.



N.L. Taram 02/07/2010 09:52



Bonjour Claude,


merci pour ton texte, il est tout à fait au niveau du sujet...



sylvie-anne 02/07/2010 08:30



Vraiment Magnifique. Merci Taram, merci Gauguin.Dans une semaine je serais à Hiva Oa sur les pas de Gauguin, pendant le Heiva. 


Ce deuxième voyage aux Marquises me rend nerveuse.


Les Marquises inspirent tant de désirs .


A l'inverse comme c'est bon de les désirer, les Marquises.


J'espère pouvoir trouver les mots pour traduire toutes ces émotions à mon retour.



N.L. Taram 02/07/2010 08:58



Merci surtout à Gauguin, moi je ne fais que recopier...


Quand il écrit ce texte, il est à Paris après son premier séjour et il ne connait pas encore les Marquises... mais il les pressentait, comme toi en ce moment !



SAINT ETIENNE Claude 02/07/2010 08:04



Il est vrai que de cette voie lactée et de ces chants mélodieux il émane une douceur, une langueur qui transporte ailleurs....Au paradis du rêve.



N.L. Taram 02/07/2010 08:30



Cela rejoint certains passages dans "L'archipel aux sirènes" ou "L'envoûté" de S.Maugham.