PAUL GAUGUIN (4)

Publié le par N.L. Taram

Extrait de « Noa Noa » de Paul Gauguin

Fatata te miti

 

……………………

Nous arrivâmes à Taravao. Je rendis le cheval au gendarme. La femme de celui-ci (une Française) me dit (sans malice du reste mais aussi sans finesse) :

- Quoi! Vous ramenez avec vous une gourgandine...

Et ses yeux colères déshabillaient la jeune fille impassible devenue altière. La décrépitude regardait la nouvelle floraison, la vertu de la loi soufflait impurement sur l'impudeur native mais pure de la confiance, la foi. Et sur ce ciel si beau je vis douloureusement ce nuage sale de fumée. J'eus honte de ma race, mes yeux se détachèrent de cette boue - vite je l'oubliai pour se fixer sur cet or que j'aimais déjà, celui-là, je m'en souviens.

 

Les adieux de famille se firent à Taravao chez le Chinois qui vend là de tout, et les hommes et les bêtes. Nous prîmes tous deux, ma fiancée et moi, la voiture publique qui nous menait à vingt-cinq kilomètres de là, à Mataiea, chez moi.

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Ma nouvelle femme était peu bavarde, mélancolique et moqueuse. Tous deux nous nous observions : elle était impénétrable, je fus vite vaincu dans cette lutte. Malgré toutes mes promesses intérieures, mes nerfs prenaient vite le dessus et je fus en peu de temps pour elle un livre ouvert.

... Une semaine se passa pendant laquelle je fus d'une "enfance" qui m'était inconnue. Je l'aimais et je le lui dis ce qui la faisait sourire (elle le savait bien!). Elle semblait m'aimer et ne me le disait point. Quelquefois, la nuit, des éclairs sillonnaient l'or de la peau de Tehamana. C'était tout. C'était beaucoup.

Cette huitaine rapide comme un jour, comme une heure, était écoulée : elle me demanda à aller voir sa mère à Faaone. Chose promise. Elle partit et tout triste je la mis dans la voiture publique avec quelques piastres dans son mouchoir pour payer la voiture, donner du rhum à son père. Ce fut comme un adieu. Reviendrait-elle ?

 

Plusieurs jours après elle revint.

Je me remis au travail et le bonheur succédait au bonheur.

Chaque jour au petit lever du soleil, la lumière était radieuse dans mon logis. L'or du visage de Tehamana inondait tout l'alentour et tous deux dans un ruisseau voisin nous allions naturellement, simplement comme au paradis, nous rafraîchir.

La vie de tous les jours. Tehamana se livre de plus en plus, docile, aimante ; le noa noa tahitien embaume tout. Moi je n'ai plus la conscience du jour et des heures, du Mal et du Bien, tout est beau, tout est bien. D'instinct quand je travaille, quand je rêve, Tehamana se tait. Elle sait toujours quand il faut me parler sans me déranger.

……….

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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SAINT ETIENNE Claude 06/07/2010 10:32



Christian, bon résumé



christian Penilla y Perella 06/07/2010 07:01



Pour compléter mon texte si dessus .


     Il y a aussi le côté exotique dans les deux sens dans ces rencontres de mondes différents . .



christian Penilla y Perella 06/07/2010 06:58



       L'anecdote de cette femme de fonctionnaire correspond à un certain milieu il faut le reconnaitre . Pendant long temps les femmes européennes étaient
beaucoup moins nombreuses que les hommes européens à venir dans notre pays . Beaucoup d'hommes étaient des aventuriers ou des fonctionnaires . Les aventuriers étaient trés , trés  rarement
accompagnés d'une femme il n'en était pas de même pour les autres . Donc c'était un petit monde particulier .


    Les polynésiennes d'aujourd'hui  sont tentées par la sophistication , beaucoup perdent leur simplicité . mais il y encore un décalage avec les métropolitaines . Quand au
comportement de la gent féminine en général il est moins conflictuel en général chez les polynésiennes . C'est comme en France la différence des filles des villes et des filles de la campagne ,
encore que cette différence disparait progressivement .


   J'ai de nombreux amis d'enfance qui partis faire des études en métropole sont revenus mariés avec des européennes , il y a eu le meilleur et le pire , comme quand on se marie avec
une polynésienne . Certains ont ramené des " perles " , de "  l'or en barre " , certains polynésiens le méritaient , d'autres ne les méritaient pas pas . Tout n'est pas simple en ce bas
monde surtout quand on cherche à le compliquer .


    Décalage compris avec notre époque on comprend trés bien les réactions de Paul Gauguin .  


  



Taram 05/07/2010 11:18



Bonsoir Sylvie-Anne,


Je ne peux pas juger si Gauguin était bel homme mais c'est certain qu'il avait du talent...






sylvie-anneTu as 05/07/2010 11:06



Gauguin n'était pas un bel homme, ni un apollon loin de là, mais il devait je pense, avoir un charme indéfinissable, une séduction naturelle qui le rendait irrésistible aux yeux des tahitiennes
et des marquisiennes. Un homme qui écrit d'aussi belles lignes ne pouvait pas être complètement stupide et surtout pas ignoré des femmes. Les femmes aiment les hommes qui pensent et qui
réfléchissent intelligemment. Voilà tout.


 



SAINT ETIENNE Claude 05/07/2010 09:28



Bonjour Christian et Taram,


Je pense qu'il ne faut pas faire un amalgame de tout. A l'heure actuelle les filles ne pensent qu'à la séduction, fard aux paupières, poitrine mise
en évidence sinon visible, vision sous le nombril et quelques fois même épilation pour que là, le décolleté soit encore plus profond, tatouages un peu partout et bien sur, piercings, tous
plus horribles les uns que les autres.


A cette époque sur le continent les femmes n'avaient pas la préciosité et l'imbécillité de la femme du gendarme. La généralité de ces femmes
était plus mature, plus simple, d'ailleurs ces femmes n'avaient pas le temps, même celui de plaire à leur mari car elles avaient une armée de mioches à élevé et je ne parle pas du travail que
cela engendrait. Celles qui le pouvaient étaient les femmes dites de condition... Celles dont le mari avait une fortune ou gagnait bien sa vie.


Son mari faisant campagne, paye double, logement gratuit, cette femme devait certainement être oisive et se croire de par sa condition précaire,
supérieure aux autres, vouloir tout régenté..... Où l'on constate que, face à la beauté naturelle, à la jeunesse, une femme reste une femme c'est à dire jalouse de l'autre a  moins que ce
soit de celle qu'elle a été ou aurait voulu être....


Merci à ma femme qui ne s'est jamais déguisée, grimée, peinte(sauf les ongles et très rarement de rouge à lèvre). D'ailleurs elle n'en avait pas le
besoin et les ans, maintenant, lui rendent bien.


Ceci dit, cet homme écrivait bien.



N.L. Taram 05/07/2010 10:19



Merci Claude pour ton texte que j'approuve. Je suis surpris par l'écriture de Gauguin que je découvre au fur et à mesure de mes lectures. Quelle simplicité et vérité dans les mots utilisés...
c'est la Polynésie vu de l'intérieur.



christian Penilla y Perella 05/07/2010 06:17



Gourmandine , j'aime les langues , certains mots sont si parlants . A eux même ils disent tout .


 


     Ma tante , L....M..... , avait un locataire métropolitain Chef de Service dans l'administration dont la femme était française . Une trés , trés belle femme .


     Un jour ma tante lui posa la question : Pourquoi avez vous quitté votre femme pour refaire votre vie avec une tahitienne ( Qui se trouvait être une nièce de ma tante



     Celui ci répondit : Ce que je reprochais à ma femme ? Tous les soirs je ne pouvais pas la toucher , elle se recouvrait le visage d'une couche de crème ou de
rondelles de concombre .Elle portait toujours un masque pour rester belle , comme elle disait .  Ma nouvelle femme qui est tahitienne est nature , pas compliquée , reposante , le
soir je peux la toucher . Elle est accessible . madame M....... : C'est si important  ! .  


      C'était une découverte de Paul Gauguin , la simplicité .