PAUL GAUGUIN (6)

Publié le par N.L. Taram

Extrait de NOA NOA :

…………………

J'allais ce soir fumer une cigarette sur le sable au bord de la mer. Le soleil arrivait rapidement à l'horizon, commençant à se cacher derrière l'île de Moorea que j'avais à ma droite. Par opposition de lumière, les montagnes se dessinaient noires puissamment sur le ciel incendié. Toutes ces arêtes comme d'anciens châteaux crénelés.

 

Coucher soleil Moorea 1

 

Vite la nuit arriva. Moorea dormait encore cette fois. Je m'endormis plus tard dans mon lit. Silence d'une nuit tahitienne. Seuls les battements de mon cœur se faisaient entendre.

 

gauguin2Les roseaux alignés et distancés de ma case s'apercevaient de mon lit avec les filtrations de la lune tel un instrument de musique. Pipo chez nos anciens, vivo chez eux il se nomme  mais silencieux (par souvenirs il parle la nuit). Je m'endormis à cette musique. Au-dessus de moi le grand toit élevé de feuilles de pandanus, les lézards y demeurant. Je pouvais dans mon sommeil m'imaginer l'espace au-dessus de ma tête, la voûte céleste, aucune prison où l'on étouffe.

Ma case c'était l'espace, la liberté.

 

J'étais là bien seul ; de part et d'autre nous nous observions.

 

Le surlendemain j'avais épuisé mes provisions ; je m'étais imaginé que je trouverais avec de l'argent tout ce qu'il faut pour se nourrir. La nourriture se trouve bien sur les arbres, dans la montagne, dans la mer, mais il faut savoir grimper à un arbre élevé, aller dans la montagne et revenir chargé de fardeaux pesants, savoir prendre le poisson, plonger et arracher dans le fond de la mer le coquillage solidement attaché au caillou. J'étais donc là, moi l'homme civilisé, pour un moment bien en-dessous du sauvage, et comme, l'estomac vide, je songeais tristement à ma situation, un indigène me fit des signes, me criant, dans sa langue : « Viens manger ». gaug lady

Je compris. Mais j'eus honte et d'un signe de tête je refusai. Quelques minutes après un enfant déposait silencieusement sur le bord de ma porte quelques aliments proprement entourés de feuilles vertes fraîchement cueillies, puis se retirait. J'avais faim, silencieusement aussi j'acceptai. Un peu plus tard l'homme passait et la figure aimable, sans s'arrêter, me dit un seul mot : "Paia?" Je compris vaguement : es-tu satisfait? Par terre sous des touffes de feuilles larges de giraumons j'apercevais une petite tête brune avec des yeux tranquilles. Un petit enfant m'examinait puis se sauvait craintif lorsque mes yeux avaient rencontré les siens. Ces êtres noirs, ces dents de cannibale, amenaient sur ma bouche le mot de sauvages.

 

Pour eux aussi j'étais le sauvage. Avec raison peut-être…

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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Jean-Paul 12/02/2013 11:12


J'avoue avoir de bons souvenirs de cette époque...La pointe Vénus était notre rendez vous du soir..On passait chez le "Chinois", prendre quelques provisions...On discutait à tout vas avec les
potes du Frangin...Il ne fréquentait pas tellement les "poo pa a"...Et puis moi ça m'arrangeait, car je n'avais pas envie de voir des 'militaires'.... C'est comme ça que j'ai appris beucoup sur
la Polynésie......Pour les peintres aussi...Je pense mais je ne suis pas sur que Michel devait être un des seul 'encadreur' de Papeete, en 69....Il à été obligé d'arreter vers 77 vu les taxes
d'importation des baguettes, qu'il commandait à Saint Dizier.....Maintenant tout a changé...C'est bien dommage...Personnellement je pense que les événements qui se sont produits sur les atolls,
ont apporté un progès trop rapide, surtout trop brusque...Il parît qu'à côté de Tahiti, il y aurait une autre ile, qui serait interdite aux touristes....J'ai entendu paler de ça mai c'est
surement un "canulard"...Une Photo des Perles de Christian, et aussi des "kichis"...

N.L. Taram 12/02/2013 12:42



Il s'agit de Maiao, à côté de Moorea dont elle dépend point de vue commune. En fait, elle n'est pas "interdite" mais la population (299 habitants) ne veut pas d'hôtel ou de pension. Seuls
quelques navigateurs s'y arrêtent. Elle est ravitaillée par Moorea...


http://fr.wikipedia.org/wiki/Maiao


Au sujet des encadreurs, je ne sais pas, j'ai toujours fait mes cadres moi-même. Maintenant, on trouve un grand choix de baguette d'encadrement dans 2 ou 3 magasins spécialisés et chez des
"Brico...".



Jean-Paul 12/02/2013 09:48


Bonjour,je ne connaiisais pas du tout la prose de Paul Gauguin..Mai par contre les couchés de soleil de Mooréa, ça oui..On sinstallait tout les soirs sur le petit parking de la pointe de
Vénus...Et on discutait tous ensemble avec une bonne Hinano..Le gardien du phare, devait s'appeller "Charly", il me semble...On avait passé une soirée chez lui
"JOKER".......Merci..

N.L. Taram 12/02/2013 10:31



Bonjour Jean-Paul,


Ah ! nostalgie quand tu nous tiens...


La photo du coucher de soleil sur Moorea est de Sylvie-Anne, la bretonne "toujours" à Tahiti.