PAUL GAUGUIN (8)

Publié le par N.L. Taram

GAUGUIN, l’homme amoureux

 

Extrait de NOA NOA

 

Teha'amana 1894……………..

« Ma femme était peu bavarde, mélancolique et moqueuse.

Nous nous observions l'un l'autre sans cesse, mais elle me restait impénétrable, et je fus vite vaincu dans cette lutte. J'avais beau me promettre de me surveiller, de me dominer pour rester un témoin perspicace, mes nerfs n'étaient pas longs à l'emporter sur les plus sérieuses résolutions et je fus en peu de temps, pour Tehura, un livre ouvert.

Je faisais ainsi — en quelque sorte, à mes dépens et sur ma propre personne — l'expérience du profond écart qui distingue une âme océanienne d'une âme latine, française surtout. L'âme maorie ne se livre pas de suite ; il faut beaucoup de patience et d'étude pour arriver à la posséder. Elle vous échappe d'abord et vous déconcerte de mille manières, enveloppée de rire et de changement; et pendant que vous vous laissez prendre à ces apparences, comme à des manifestations de sa vérité intime, sans penser à jouer un personnage, elle vous examine avec une tranquille certitude, du fond de sa rieuse insouciance, de sa puérile légèreté.

Une semaine s'écoula, pendant laquelle je fus d'une « enfance » qui m'était à moi-même inconnue. J'aimais Tehura et je le lui disais, ce qui la faisait sourire : — elle le savait bien ! Elle semblait, en retour, m'aimer — et ne me le disait point. Mais quelquefois, la nuit, des éclairs sillonnaient l'or de la peau de Tehura. C’était tout. C’était beaucoup.

 

« II est extraordinaire qu'on puisse mettre tant de mystère dans tant d'éclat » (Stéphane MALLARME, parlant de GAUGUIN, exergue du premier chapitre de NOA NOA)

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GAUGUIN, l’homme libre

 

Extrait de ??

Lavendières Pont AvenLIBERATION ET SACRIFICE  

Ce début, toutefois, n'avait rien d'éclatant : c'était des paysages à la suite de Pissarro.

L'année suivante, il exposa une femme nue, dont le réalisme enchanta Huysmans.

Je ne crains pas d'affirmer, disait-il, que parmi les peintres contemporains qui out travaille le nu, aucun n'a encore donne une note aussi véhémente dans le réel. Et il citait aussi, sans s'y arrêter, une statuette en bois gothiquement moderne, un médaillon en plâtre peint...Etude de nu suzanne

Mais, en 1883 (7ème exposition des Indépendants), le critique n'est plus content de 1'artiste qu'il a découvert, et il le gronde : M.Gauguin n'est pas en progrès, hélas !

Que se passait-il donc ? Gauguin avait-il déjà perdu tout talent ?

II se développait, au contraire, mais en s'enrichissant : la formule impressionniste commençait à le gêner, il avait d'autres rêves, et, pour les réaliser, il sentait qu'il devait rompre, non pas seulement avec ses croyances de la veille, mais aussi car ces rêves-la étaient jaloux et n'acceptaient point de partage avec la servitude dorée qui jusqu'alors lui interdisait le travail constant, le plus grand effort, 1'effort absolu.

Upa UpaSa production ne baissait pas ; elle hésitait au seuil d'une voie nouvelle où les contraintes de la vie ne lui permettaient pas de s'engager. - - Or, il venait justement de s'évader, en Janvier de cette même année 1883, de la Banque et de la Bourse.

II n'y a qu'un mot pour designer un tel acte : folie ! C'est celui que proférèrent d'une seule voix tous les sages, et 1'événement ne tarda pas à leur donner raison. Gauguin savait ce que vaut la liberté ; il allait apprendre ce qu'elle coute.

………

Achevé d’imprimer le quatorze novembre mil neuf cent dix-neuf 

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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christian Penilla y Perella 22/09/2010 20:54



Taram


 


Merci d'avoir abordé Gauguin en ouvrant largement les portes et les fenètres . Maintenant cela devrait permettre à certaiens ..........d'ouvrir leurs yeux .


Je sais aussi qu'il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir .


Sans compter la tolérance .



christian Penilla y Perella 22/09/2010 20:48



Taram


 


Ce qui est intéressant chez Gauguin c'est qu'il essaie d'analyser sans préjugés ce qui n'est pas toujours simple et même quasiment impossible . Dans l'homme ayant eu une éducation occidentale
dans sa jeunesse il reste un fond gravé pour une vie entière même si son histoire va s'incliner dans le temps . C'est pour cela qu'il est impossible de se mettre dans la peau de l'autre , c'est
même présomptueux . C'est la même chose dans les deux sens . Même pour ceux qui ont grandi au contact de deux cultures cela donne encore une base de leur  histoire bien différente
,


Tout cela ne fait qu'enrichir une communauté .