PAUL GAUGUIN (9), la colonisation

Publié le par N.L. Taram

(Extrait du journal « Les guêpes »)

Rimbaud et Marchand

Les guêpes1 

Dans le courant de l'année 1898 je reçus une triste nouvelle, il s'agissait de la mort d'Arthur Rimbaud, (un ami (1)). Rimbaud était un poète par suite considéré par une partie de la Société pour un être inutile sur cette terre comme tous les artistes." Le monde des lettres en fut ému, car il s'agissait d'un bien étrange poète, d'une haute intelligence mais ce fut tout. Il serait cependant nécessaire, sans toutefois approfondir la question en un si court espace, de dire une fois pour toutes que les mots — gloire d'un pays — utilisé, sont généralement compris en sens tout à fait inverse surtout quand il s'agit de colonisation. Coloniser veut dire cultiver une contrée, faire produire à un pays inculte des choses utiles d'abord au bonheur des humains qui l'habitent, — noble but ; le conquérir, ce pays, y planter un drapeau y installer une administration parasitaire, entretenue à frais énormes, par et pour la seule gloire d'une métropole, c'est de la folie barbare et c'est de la honte !

Rimbaud le poète le rêveur explora, de sa propre initiative et sans autre encouragement ni ressources que son vouloir de liberté et de charité.rimbaud_a_aden-copie-1.jpg

Après avoir été un fort en thème de l'enseignement classique, un lauréat des concours académiques, Arthur Rimbaud ce poète si précocement génial, voulut parcourir le monde. Il allait, sait-on bien presque toujours à pied, seul et dénué de pécule. En 1880 lorsqu'il arriva à Aden, il savait aussi complètement que le français, dont il demeurera l'un des maîtres, l'anglais, l'allemand, le hollandais, le russe, le suédois, l'espagnol, l'italien, toutes les langues européennes. Profitant de son séjour dans un emploi relativement sédentaire, trouvé en cet Aden, il s'assimila vite, en même temps que l'arabe et divers idiomes orientaux, les connaissances théoriques et pratiques de l'ingénieur. Puis il partit, tout seul toujours, pour aller explorer l'Afrique. Sans autre secours que ses manières d'être condescendantes d'homme supérieur, il parvint à se faire respecter, voire à se faire adorer de peuplades sauvages, jusqu'alors redoutées des voyageurs et auxquelles il enseignait l'industrie et la dignité.

Photographie (début août 1880) authentifiée

de Rimbaud (26 ans) à Aden

Rimbaud 1880A Obock — écrivait Rimbaud en 1885 — la petite administration française s'occupe uniquement à banqueter et licher les fonds du gouvernement qui ne fera jamais rendre un sou à cette affreuse colonie colonisée jusqu’ici,   par une douzaine de flibustiers seulement. » Coût à la métropole : 570.000 francs par an environ, aux indigènes 30.000 fr. Il est à, craindre que, dans beaucoup de possessions françaises, la situation ne soit proportionnellement la même qu'à la côte des Souralis (2). II suffirait pour s'en instruire, de compulser le budget général de la République.

Le parti de la civilisation en Ethiopie est, on peut l'assurer l'œuvre d'Arthur Rimbaud, dont l'action, malgré les tracasseries de l'impératrice Taïtou, fut, de 1888 à 1891, décisive, tant sur Ménélick que sur le ras Makonnen, ses amis et ses admirateurs.

Voilà en quelques mots l'œuvre d'un individu. J. A. Rimbaud un poète, un rêveur — donc un inutile — par son initiative solitaire, et cela sans fortune, sans appui de nos gouvernements.

Écrivant cet article, histoire de parler un peu de colonie et de colonisation, puis aussi ;   d'un artiste (Qui ne connaît mon faible.)

 fachoda

Je croyais le terminer aussi : mais voilà que tout à coup se dresse devant moi une autre figure, celle-là glorieuse, mandataire de la société, le capitaine Marchand. Quel est donc cet homme que la France est fière de posséder et surtout quelle est son œuvre ?

Je ne vois pas très bien que le capitaine Marchand ait fait ses humanités. Il semble plutôt que se soient les cours modernes de l'école regimentaire, venant corroborer une modeste instruction primaire, qui ont, la soumission aux chefs aidant, fait, de cet engagé volontaire dans l'armée, un capitaine d'infanterie de marine susceptible d'assumer une expédition coloniale. C'est à la tête d'une troupe armée de fusils Lebel, et sur l'ordre du ministre des Colonies que ce capitaine partit pour l'Afrique. Sa mission avait pour objet la relève des soldats libérés et subséquemment la défense des possessions françaises administrées par M. Liotard, le commissaire de la République au Congo.

…………..

 

(1) Il faut prendre le mot « ami » dans un sens général, car Gauguin n’a jamais rencontré Rimbaud.

(2)Côte des Souralis pour Somalis

(code recherche : LITPOE) (code recherche : POERIM)

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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sylvie-anne 01/10/2010 13:07



Ce jeudi 30 septembre 2010, les grévistes de la mairie de Hitia qui ont bloqué le pont de fare Ute  au petit matin, ont déclaré à la presse, le poing levé : "pas de français ici".
Bizarre ou étrange coïncidence avec ton article Taram.


Belle et toujours surprenante Polynésie. Il n'est pas vraiment résolu le temps des colonies. Les souvenirs restent bien ancrés.


 


 



Christian Penilla y Perella 01/10/2010 04:43



Taram


 


La colonisation a fourni des matières premières à pas cher et de la maind'oeuvre corvéable à merci .


Ha ! et le rôle civilisateur .


Dans les années 1990 un de ceux qui débarquaient de métropole m'a déclaré : Nous européens avons un rôle civilisateur au prés de vous polynésiens .


Je lui ai fait remarquer qu'il se trompait d'époque .


Il faut de tout pour faire un monde .



SAINT ETIENNE Claude 30/09/2010 13:14



Une page importante pour la prétention anachronique de "l'utilité" dela colonisation.