PLAIDOYER POUR LES NULS (3)

Publié le par N.L. Taram

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oignonPLAIDOYER POUR LES NULS (3)

 

Suite de notre feuilleton « Plaidoyer pour les nuls » de Jean-Paul Barral.

Aujourd’hui, nous avons une cassolette d’escargots aux «Oignons » au menu de la cantine scolaire…

 

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La quête du bonheur…

 

A travers les âges, les hommes ont toujours été motivés par la quête du bonheur. On a souvent tendance à confondre le plaisir et le bonheur.

  

 

smiley

Le plaisir est un ressenti physique ou intellectuel. Il ne concerne que soi et a une durée limitée. On ne jouit que par rapport à soi. Plaisir de l’alcool, des drogues douces ou dures, du sexe, de la table, d’œuvres artistiques… Le plaisir est une affaire qui ne concerne que l’individu.

 

Le bonheur est un sentiment d’accomplissement de soi, de réalisation de ses projets et aspirations familiales, professionnelles, sociales, civiques conduisant à l’estime de soi et à la conviction de sa propre utilité pour les autres. Le bonheur ne se conçoit que par rapport aux autres.

 

Ainsi le bonheur concerne l’individu dans son interaction avec les autres, la société et son environnement. En ce sens il est un objet politique.

 

Il n’est pas indifférent que la quête du bonheur apparaisse en tant que telle dans la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique du 4 juillet 1776: « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ».

 

Il n’est pas non plus fortuit que la déclaration des droits de l’Homme du 26 Août 1789 fasse référence à ce qu’il convient de définir comme les conditions fondatrices du bonheur, « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ». (Article 1)

 

Il est tout naturel que ces conditions aient été reprises plus d’un siècle et demis plus tard dans la  déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

 

Quelle est donc la place de l’Education dans cette quête du bonheur ?

Comme matrice de la société elle est donc essentielle.

 

L’oignon de Pennac

 

« C’est un oignon qui rentre en classe ; quelques couches de chagrin, de peur, d’inquiétude, de rancœur, de colère, d’envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulées sur fond de passé honteux, de présent menaçant et de futur condamné. » (1)

 

Nombre de nos enfants entrent en classe chaque matin de la sorte. Pas tous certes ! Pas tous au même niveau d’angoisse et de désespérance, mais beaucoup trop. Ce sont ceux que l’on appelle « les nuls », ceux qui, sur le bas côté de la route regardent passer les voitures rutilantes des « bons élèves » promis à un avenir radieux, confiants en leur bonne étoile, et les poches pleines de diplômes. Ils se dirigent tout droit vers les destins prometteurs de la réussite sociale.

 

Mais qu’il me soit permis de risquer un plaidoyer pour les nuls. Combien sont-ils ? Depuis de nombreuses années on avance dans les « hautes sphères », pour chaque fois le déplorer, 180 000 jeunes français qui quittent le « système éducatif » sans aucune formation, promis à une relégation sociale assurée. Mais à côté de ces nuls absolus, combien de strates de nuls relatifs, munis d’un diplôme, mais sans formation pratique pour s’insérer dans la vie ? Combien d’élèves « désorientés » par l’échec, formés par dépit, scolarisés par défaut qui en bout de course se trouveront eux aussi démunis à l’âge de rentrer dans la vie d’adulte, face aux exigences du marché du travail ?

 

Déterminisme socialIl s’agit là d’un drame national ! Il s’agit là de la plus grande injustice que l’on puisse commettre à l’égard de nos enfants, de l’exigence d’égalité et d’équité qui est sensée fonder notre pacte Républicain.

 

Chez nous, en Polynésie, cette injustice se double d’une seconde fracture, celle de l’inadaptation d’un système déjà inadapté en France à une collectivité d’Outre Mer située aux antipodes géographiques et culturels de la « Métropole ».

 

Le manque de statistiques précises en Polynésie jette un voile pudique de doute sur l’ampleur du problème de « l’échec scolaire en Polynésie ». Depuis 1973 cependant les premières études statistiques sous l’égide de la Fédération des Œuvres Laïques ont mis en évidence la grande injustice du système éducatif à l’égard de très nombreux élèves Polynésiens, particulièrement polynésianophones et ruraux.

 

Depuis ce premier constat, les perturbations provoquées par l’implantation du Centre d’Expérimentation du Pacifique ont provoqué d’autres difficultés liées aux migrations vers la zone urbaine de Papeete, le changement de statut économique avec le passage d’une économie de type rurale et productive à une économie de type tertiaire et de salariat, tributaire des aléas du marché.

 

Le reflux du CEP a laissé dans les communes de la zone urbaine une population venue des îles et tributaire de « l’économie CEP », brutalement sevrée d’une assistance économique extérieure. La survenue de la crise économique que nous traversons présentement a mis à nu la fragilité de cette économie artificielle fondée sur les transferts massifs de moyens financiers liés à la nécessité de mener à bien les expérimentations nucléaires. Leur arrêt en 1996 a ouvert la voie à un désengagement progressif de la puissance tutélaire.  

 

Mais soyons justes, cet échec du système éducatif, c’est également l’échec de l’éducation familiale. Si l’école a sa part de responsabilité, la famille a aussi la sienne, la société également.

 

En effet, l’école fonctionne 34 semaines par an, pour les 170 jours d’école en moyenne par an et les 1360 heures de présence dans l’institution scolaire, l’élève (l’enfant) vit dans sa famille, si l’on excepte les 8 heures de sommeil par jour 3840 heures pendant lesquelles l’éducation familiale peut agir. Le temps éducatif de la famille est donc potentiellement trois fois celui de l’école !

 

Or l’action éducative ne se divise pas, elle concerne le même individu qu’il soit considéré comme enfant (famille) ou comme élève (école). C’est bien ce que disait le Préambule de la Charte de l’Education en 1992 : « L’enfant dans son milieu et son environnement est au centre du système éducatif » (2). Cela implique l’unité de l’action éducative qu’elle se déroule dans la famille ou à l’école ou plus largement comme l’indique la Charte de l’éducation, « L’Education n’est pas seulement l’affaire de l’Ecole, la société toute entière doit devenir éducative »

 

education 1969Le slogan des parents «  l’éducation c’est l’affaire des enseignants, ils sont payés pour ça ! », le slogan des enseignants « l’éducation c’est l’affaire des parents, qu’ils se débrouillent ! » ces slogans sont donc sans fondement au regard du texte de référence de l’Education en Polynésie.

 

Il convient donc d’élaborer une stratégie de partenariat famille – école pour prendre en charge l’enfant, l’élève dans sa globalité.

 education 2009

Cette nécessité d’une stratégie partagée a fortement été évoquée lors des travaux de le 1ère Charte pour aboutir à aucune initiative précise. Il avait été avancé l’idée de mettre en place dans chaque commune un Projet Educatif Communal apte à fédérer autour du Maire l’ensemble des forces éducatives de la Commune, personnels du système éducatif, associations de parents d’élèves, associations éducatives laïques ou religieuses, personnels des services sociaux et médicaux… Il était recommandé au Ministère d’affecter à cette mission 5 personnes motivées pour promouvoir dans les communes ce projet autour de « l’Education mission partagée entre Ecole, Famille et Commune ».

 

Rien n’a été mis en place depuis 19 ans. Seules quelques rares communes ont initié un projet éducatif local à  des niveaux disparates de réalisation. C’est pourtant un levier essentiel pour lutter contre l’échec scolaire qui frappe une forte minorité de nos enfants les moins favorisés.

 

 

(1) Daniel Pennac  Chagrins d’école  Gallimard 2007

(2) La charte de l’éducation. Préambule. Délibération N° 99-92 du 16 juin 1992

 

 

 

 

Publié dans Société

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wakrap 30/11/2011 19:53


Oh, je n'y vois pas une" confusion". Je crois plutôt qu'il s'agit de la conséquence logique de cette conception de recherche du bonheur en tant que projet politique. Ce qui est écrit est
cohérent.


Le ministère de l'instruction publique a été rebaptisé dans les années 30, c'est le début des soucis avec la politisation de l'enseignement.

N.L. Taram 30/11/2011 20:12



Excuses, je n'avais pas bien saisi. J'avoue que j'ai passé plus de temps à faire la mise en page et le montage pour le blog qu'à lire les 45 pages du texte que je découvre au fur et à mesure de
sa publication. Donc, merci pour toutes les précisions que tu peux apporter, elles sont les bienvenues...



wakrap 30/11/2011 18:48


Sans aller plus loin, je deviendrais un troll, je dirais simplement qu'il y a une confusion entre les notions d'instruction et d'éducation. N'employer que le mot éducation pour l'école, dont le
rôle est d'instruire et non d'éduquer, même au résultat que l'on subit.


L'éducation est du ressort de la famille et de l'individu, dans le cadre de la société dans laquelle on vit. L'instruction est une partie de l'éducation, et l'école en est un prestataire de
service.

N.L. Taram 30/11/2011 19:39



Bonjour Wakrap,


Je ne suis pas très compétent dans cette matière. Toutefois à la lecture de ce paragraphe, je n'ai pas eu l'impression d'une confusion de Jean-Paul entre l'éducation et l'instruction. J'ai même
cru comprendre l'inverse. C'est peut-être moi qui ai fait une erreur en mettant ce texte dans la catégorie "Éducation"...



wakrap 30/11/2011 18:32


Etonnant et sidérant l'introduction, je suis en total désaccord avec les définitions de plaisir et bonheur.


Et ensuite raconter que le bonheur est un objet politique! Mondieumondieumondieu.


La recherche du bonheur est définie dans les DDH comme une recherche individuelle et non collective, au même titre que la liberté. Chaque homme est libre de rechercher son bonheur. Faut vraiment
être tordu pour voir un projet collelctiviste dans la déclaration d'indépendance américaine. Que l'on soit collectiviste, soit, mais voir un projet collectiviste dans cette déclaration, j'en
reviens pas.

N.L. Taram 30/11/2011 21:10



Wakrap,


J'ai lu et relu le paragraphe "La quête du bonheur" et je n'y ai vu aucune idée de
collectivisme. La phrase "Le bonheur ne se conçoit que par rapport aux
autres. » peut paraître ambigu mais la
démarche est bien individuelle. Pour la déclaration d’indépendance des États-Unis, le droit « à la recherche du bonheur » n’a aucun rapport avec le collectivisme.


Quant au bonheur « objet
politique », si l’on prend le sens le plus large du mot « politique », le fait de l’inclure dans une déclaration d’indépendance est, en effet, un acte politique.


 


 



Taram 30/11/2011 10:48


Je dois ajouter qu'avec mon vieil ami Jean-Pierre Rigail, nous faisions sécher les cours de 2 ou 3 après-midi (en particulier le "plein air") pour aller au cinéma... Nous sommes devenu des
spécialistes du cinéma de cette époque

SAINT ETIENNE Claude 30/11/2011 10:00


Il faut toujours être contré pour mieux évalué ses convictions, merci pour ce dessin.


Bonjour Taram, ma pensée profonde, personnelle et non professionnelle se tournerait sur une instruction des matières essentielles le matin ou les gosses défatigués et plus calmes sont plus
réceptifs et assimilent mieux 8/13 heures par exemple. Après le repas le reste, sport musique, danse, maquetisme, peinture, dessin etc... serait fait l'après midi avec l'aide pourquoi pas d'un
encadrement fait de retraités spécialisés, pourquoi pas... Sous réserve de compatibilité pédagogique bien sur. Je trouve qu'apprendre des maths au moment de la digestion vers 13 heures 30 n'est
pas un moment propice et qu'il s'agit d'une heure de perdue multipliée par 34, donc... Par contre l'après midi libre mais encadré ferait peut être naître des vocations s'il n'y a aucune
contrainte mais au contraire un choix libre.


La seule justification d'un après midi bien passé à faire une activité, une signature des cadres sur les heures passées par l'élève l'après midi auprès d'eux et présentée au prof le matin
suivant.

N.L. Taram 30/11/2011 10:37



Je ne me souviens plus très bien de l'emploi du temps quand j'étais au lycée. Le matin nous avions cours de 8 h à 12 h (parfois 11h) et l'après-midi de 14 h à 16 h, pas de cours le jeudi (à part
les heures de colle), mais cours le samedi. Le "plein air" avait lieu un après-midi par semaine, 2 fois 1 heure de gym le matin. Enfin le samedi après-midi, c'était français (généralement
lecture) et dessin. En 4ème et 3ème, j'étais 1er en math et 2ème en dessin ; en fait en dessin nous étions que 2 à être intéressés les autres jouaient au cartes ou chahutaient...



Taram 30/11/2011 09:30


Un petit dessin pour Claude



SAINT ETIENNE Claude 30/11/2011 09:09


1360 heures de présence dans l’institution scolaire, l’élève (l’enfant) vit dans sa famille, si l’on excepte les
8 heures de sommeil par jour 3840heures


Sur ces 1360 heures, après le sport, la musique etc... Combien sont elles
réellement destinées à l'enseignement?


Taram, j'ai envie, après autorisation bien sur, de diffusé ces pages sur mon
cercle d'amis.

N.L. Taram 30/11/2011 09:28



Bonjour Claude,


Tu peux diffuser ce texte auprès de tes amis et liens, c'est le souhait de Jean-Paul.


Concernant le début de ton commentaire, je vais publier dans un prochain commentaire, un dessin de Plantu qui devrait t'amuser...