PLAIDOYER POUR LES NULS (4)

Publié le par N.L. Taram

PicsouPLAIDOYER POUR LES NULS (4)

 

Suite de notre feuilleton « Plaidoyer pour les nuls » de Jean-Paul Barral.

Aujourd’hui, un épisode qui me plait : il est question de budget et de mathématiques…

 

----------o----------

 

Toujours plus.

 

L’argument répété en boucle par certains pour expliquer la piètre performance du système éducatif serait l’insuffisance des moyens accordés par la puissance publique. Quoi de plus faux ! La France est l’un des pays au monde où l’Etat dépense le plus d’argent pour son école. Si l’on se réfère aux études de l’INSEE pour 2007, la France consacre 5,39% de son PIB (Produit intérieur brut) à son système éducatif, contre 4,21% pour l’Espagne, 4,05% pour l’Italie, 4,00% pour l’Allemagne et 3,97% pour la Grande Bretagne. Seuls les Pays du Nord de l’Europe consacrent un effort plus important.

 

En Polynésie, les moyens accordés par la puissance publique sont considérables :

Pour ce qui concerne l’effort de l’Etat pour l’année 2008 mis en œuvre dans le cadre de la convention Etat-Pays du 4 avril 2007:

 

- 477 millions d’euros soit 55,332 Milliards de FCP pour le traitement des personnels

- 28 millions d’euros soit 3,248 Milliards de FCP pour les constructions scolaires et réparations des infrastructures du Second degré et les transports scolaires

- Soit un effort annuel de l’Etat autour de 58,5 milliards de FCP.

 

 

IMTN financementQuant à l’effort de l’Etat par habitant, il se monte à :

 

- pour la France métropolitaine et les DOM : 1 970 euros soit 228 520 FCP

- pour la Polynésie Française :2 833 euros soit 328 628 FCP.

 

Cet effort est donc 43,8 % plus important pour chaque élève de Polynésie que pour la France et les DOM (1).

 

Depuis les 19 dernières années de mise en œuvre de la Charte de l’Education (1992), à raison d’une moyenne de 50 Milliards FCP injectés par an dans le système éducatif Polynésien, c’est donc près de 1 000 Milliards de FCP qui ont été engagés.

 

Le bilan fait par les Etats généraux fait donc état d’une insatisfaction par rapport aux progrès obtenus depuis 19 ans. Si ces progrès existent, ils sont bien en deçà de ce qui pouvait être attendu au regard des efforts financiers consentis.

 

« Les analyses faites au cours de la démarche de la Charte de l’Education de 1992 sont en 2010 toujours pertinentes. Les conséquences de ces analyses n’ont pas été tirées par les gouvernements successifs qui se sont succédé à la tête du Pays ; nombre de recommandations faites au cours de cette démarche ont été ignorées ou dénaturées » (2).

 

Miroir magique…..

 

Nous avons mis en évidence les efforts considérables de la collectivité nationale consacrés à l’Education en France et dans l’outre mer. Que produit cet effort ? Les enquêtes PISA qui s’intéressent de manière objective et normée à la performance des systèmes éducatifs des pays de l’OCDE et d’autres pays associés à l’évaluation, nous renvoient une image surprenante de la situation de notre système éducatif comparé aux autres pays du monde.

 

Un article de Marie-Estelle Pech dans Le Figaro du 8 décembre 2010 analyse les résultats de des 3 dernières évaluations PISA. En voici quelques extraits :

 

« Le système français, l'un des plus inégalitaires, fonctionne bien pour les meilleurs mais oublie les plus faibles »

L'OCDE a rendu publics mardi les résultats d'une étude qu'elle a menée auprès de 470 000 élèves dans 65 pays. Le Programme international de suivi des acquis (Pisa) évalue tous les trois ans les capacités des jeunes âgés de 15 ans à utiliser leurs connaissances et compétences pour «relever les défis du monde réel». L'enquête s'est intéressée à trois domaines clés, la compréhension de l'écrit, les mathématiques et la culture scientifique. Les élèves ont notamment eu à répondre à des questions à choix multiples sur le sens d'un texte concernant l'éventuel danger des téléphones mobiles ou une pièce de théâtre.

 

À travers les résultats des élèves, c'est la performance des systèmes scolaires que l'on compare. Pisa est donc attendu avec angoisse par les politiques.

 

Les premières marches du podium sont principalement occupées par les pays asiatiques. La Chine, Singapour, la Corée et le Japon connaissent de très bonnes performances, au même titre que le Canada ou la Nouvelle-Zélande.

 

Ce résultat global «moyen», caractéristique de la plupart des pays développés, cache des réalités très différentes. Si la France se maintient à une place honorable, c'est grâce à son élite qui reste «forte» et grossit légèrement alors que parallèlement le nombre de ses élèves en échec scolaire a augmenté entre 2000 et 2009.

 

Le système français, l'un des plus inégalitaires, fonctionne bien pour les meilleurs mais oublie les plus faibles. À l'inverse, un pays comme le Danemark, également jugé «moyen» en termes de performance scolaire a certes une élite plus faible mais peu d'élèves en échec scolaire.

 

En France, l'impact du niveau socio-économique des élèves sur les résultats scolaires est fort», selon Sophie Vayssettes, statisticienne de l'OCDE. En revanche, des pays ou régions comme Shanghaï, la Corée du Sud, la Finlande, Hongkong et le Canada sont plus équitables. Les élèves d'origine modeste ont plus de chance d'y obtenir de bons résultats.

Carnet de note

En résumé, la France se classe au 21ème rang de tous les pays testés pour ce qui concerne la compréhension de l’écrit et au 22ème rang pour ses performances en Mathématiques. (CF annexe 1)

 

Ces réalités désagréables ont un temps, dans un réflexe de déni, été évacuées comme incongrues et les tests décriés. Mais aujourd’hui, au plus haut sommet de la hiérarchie administrative et politique, ils sont reconnus et fournissent matière à réflexion à tous les responsables du monde de l’Education. De nombreux cénacles, groupes de réflexion, « think tanks » se préoccupent aujourd’hui de la situation alarmante de notre système éducatif.

 

"L'échec scolaire à l'école primaire est une bombe à retardement"

 

C'est le constat fait par l'Institut Montaigne dans un rapport accablant sur l'école Ce cercle de réflexion libéral critique notamment une dégradation du niveau moyen des écoliers. Il publie le 5 mai 2010 un rapport accablant sur l'échec scolaire.

 

Un mauvais point pour l'école. Le niveau moyen des écoliers se dégrade et l'école aggrave les inégalités sociales, dénonce ce rapport qui propose notamment de revoir les rythmes scolaires et de doter les directeurs d'école d'un pouvoir de pilotage de leur établissement.

 

bonnetdaneIntitulé "vaincre l'échec à l'école primaire", il énonce 13 propositions pour y remédier.

Le rapport rappelle les chiffres cités par le Haut Conseil pour l'éducation en 2007, selon lequel "quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes" en lecture, écriture et calcul.

 

En outre, "l'école aggrave l'inégalité des chances", dénonce le rapport, pour qui "la proportion d'élèves en retard à l'entrée en sixième se situe bien au-delà de la moyenne pour les enfants d'employés, d'ouvriers et d'inactifs".

 

L'Institut Montaigne déplore des "programmes scolaires trop lourds" et des rythmes pas adaptés aux enfants: l'année scolaire est "la plus courte d'Europe" (140 jours d'école, contre 200 en Italie et au Danemark, 188 en Finlande) alors que les journées restent longues (913 heures de cours contre 634 en Allemagne, 608 en Finlande).

 

Parmi les 13 propositions, il suggère de réduire les congés estivaux d'au moins deux semaines, de réduire le nombre d'heures travaillées par jour mais de travailler cinq jours en incluant le mercredi.

 

Il préconise de mettre en place un "véritable statut" pour les directeurs d'école et de professionnaliser leur recrutement.

 

Autres propositions: réduire drastiquement le redoublement, clarifier l'organisation des cycles d'apprentissage entre maternelle et école élémentaire, ou encore "mettre en place un dispositif incitatif" pour les candidats au professorat des écoles (3).

 

(1) Etats généraux de Polynésie – Atelier 5 – Juin 2009

(2) Contribution aux Etats Généraux de la Polynésie –Atelier 5- juin 2009

(3) Institut Montaigne : 13 propositions  pour vaincre l’échec scolaire (Mai 2010)

 

 

Publié dans Éducation

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

SAINT ETIENNE Claude 01/12/2011 11:58


Édifiant

wakrap 30/11/2011 19:00


J'aime aussi ce passage, très neutre.


je donnerai une annectode personnelle.


Il y a quelques années mon pus grand était en CM1. Un jour je regarde son cahier, ça parlait des triangles. Tout ce que l'on pouvait y trouver c'étaient des observations: un triangle est une
forme géométrique. un triangle a 3 angles, un triangle a 3 côtés, un triangle est fermé... il y avait une bonne dizaines comme ça. Et pas de définition. Et mon gamain évidemment incapable
d'en donner une une. donc un bon gros gloubi boulga dans sa tête.


Je suis allé voir son instit en lui demandant pourquoi il n'y avait aucune définition. Au bout de 15 mn à essayer de lui tirer les vers du nez, il a fini par me dire, avec toute la conviction de
l'abruti syndical de service, "c'est parce que les définitions favorisent les bons élèves".


 


Voilà , par soucis dégalité, ne pouvant tirer les plus faibles , on abime volontairement les bons.


Et je rebondis sur le fil précédent: la politique n'a rien à faire dans l'instruction. C'est une plaie.