PLAIDOYER POUR LES NULS (5)

Publié le par N.L. Taram

unicef ecoutons les enfantsPLAIDOYER POUR LES NULS (5)

 

Suite de notre feuilleton « Plaidoyer pour les nuls » de Jean-Paul Barral.

Aujourd’hui, une page dédiée à la « Journée de l’enfance », avec un peu de retard…

 

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Réussite scolaire, réussite sociale.

 

Il faut tout un village pour éduquer un enfant.

Proverbe africain

 

Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants.

A ce titre ils sont partenaires permanents de l’école.

  La charte de l’Éducation
Rapport N° 99692 du 16 juin 1992
Chapitre 3 : Les relations du système éducatif avec son environnement

 

Qu’est ce qui nous préoccupe dans l’avenir de nos enfants ?

 

Qu’ils « réussissent » pardi. Quelle image avons-nous de la réussite de nos enfants ? Pour bien des parents la réussite se résume à un « bon métier » et pour beaucoup d’entre eux un bon métier est indissociablement lié à une bonne scolarité. D’où l’importance de l’école dans l’esprit de beaucoup de parents.

 

Or la réussite de nos jeunes n’est pas automatiquement corrélée à une « bonne scolarité ». De nombreuses personnes ont « réussi » dans la vie et occupent des fonctions importantes sans pour autant avoir réussi une scolarité éblouissante. Gumbel cite  l’exemple de François Pinault, un des plus grands patrons de France, qui a quitté l’école à 16 ans, Robert Louis Dreyfus qui a raté 2 fois son bac, tous deux milliardaires.

 

  

 

Rantanplan.JPGAinsi la réussite sociale ne passe pas forcement par une réussite scolaire. Il faut toutefois reconnaître que dans la grande majorité des cas, le lien est étroit. Une bonne scolarité est souvent une condition essentielle à une réussite sociale. D’où l’importance du système scolaire dans les sociétés modernes.

 

Il convient toutefois de bien prendre conscience que la réussite de l’enfant est la conséquence de 3 composantes éducatives : l’éducation familiale en premier lieu, l’éducation scolaire en second et l’éducation sociale qui concerne la vie de l’enfant hors de l’école et hors de ses relations intrafamiliales. La conjonction de ces trois forces éducatives conditionnera la réussite sociale de l’enfant dans sa vie d’adulte.

 

La première Charte de l’Education de 1988 avait posé un postulat fondateur dans son article premier : « L’ENFANT dans son milieu et son environnement, est au centre du système éducatif » Cette formule résume à elle seule ce qui vient d’être dit, le système éducatif concerne l’ensemble de ses 3 composantes en constante interaction. Il convient donc de le traiter dans son unité.

 

En effet, faisons un petit calcul sur les temps éducatifs de l’enfant scolarisé aujourd’hui en Polynésie.   

 

Goldorak

Temps d’une journée à l’école : 8h

Temps d’une semaine à l’école: 40h

Temps d’une année d’école : 40h x 34 = 1 360h

Temps de sommeil : 8h x 365: 2 920h

Nombre d’heures dans l’année : 24h x 365 = 8760h

Temps passé dans la famille : 8 760h – 2 920h – 1360 = 3 840h

 

En proportion :

 

Temps de sommeil : 33%

Temps d’école : 15%

Temps hors école ; 52%

 

Sur ces 52% quel est le temps éducatif des parents ? Quel est le temps pris par l’éducation « sociale » (télévision, internet, vie associative, vie socio affective…) Chaque famille pourrait utilement réfléchir à ces questions pour ce qui la concerne.

 

Système scolaire, quel bilan ?

 

Nous avons évoqué les moyens financiers et humains mobilisé en 19 ans depuis l’adoption de la charte de l’Education de 1992 soit près de 1 000  Milliards FCP. Nous avons également cité les commentaires du CESC lors de l’examen de la nouvelle Charte : « les résultats du bilan de la précédente Charte sont largement insuffisants, plus en raison de son application lacunaire que de sa qualité ». Si l’on peut trouver de-ci delà quelques sujets de relative satisfaction, le bilan général est très préoccupant.

 

Pour preuve l’intervention du représentant du ministre de l’emploi lors de la réunion de validation de la nouvelle Charte au Haut comité de l’éducation du 15 septembre 2010 : « Sur 10 000 demandeurs d’emploi régulièrement inscrits au SEFI il est difficile d’insérer professionnellement les jeunes entre 18 et 35 ans qui ont pour 40 à 50% d’entre eux un niveau scolaire de CE2. »

 

On peut également faire état du rapport de l’Inspection de l’Education Nationale de 2007, repris dans le préambule du projet de la nouvelle charte de l’Education : « Les évaluations des compétences des élèves réalisées montrent que même si l’écart tend à diminuer, les scores Polynésiens sont inférieurs à ceux des élèves des Zones d’Education Prioritaires de la métropole en français et en Mathématiques ».

 

Toujours dans ce préambule de la nouvelle Charte, et pour faire écho au cri d’alarme du ministère de l’emploi : « Trop d’élèves sortent du système éducatif sans diplôme ni qualification. L’insuffisance des compétences de base, le décrochage scolaire, la faiblesse des motivations sont autant d’illustration de l’échec scolaire. »

 

laMouette-DegreeAjoutons les résultats catastrophiques des étudiants à l’Université du Pacifique à l’issue de la première année d’études.

 

En sus des constats sur le manque de pertinence du système éducatif français illustré par les enquêtes PISA de l’OCDE, se rajoute une dose supplémentaire de contraintes spécifiques liées aux spécificités particulières de notre école en Polynésie.  

 

En dépit des moyens considérables déployés au niveau des infrastructures, du nombre de personnels, des transports scolaires gratuits, des internats, de la restauration scolaire, des programmes élaborés, des bourses scolaires, il faut donc s’interroger sur les raisons profondes d’un échec aussi patent, reconnu par les responsables de l’Education au niveau le plus élevé. La rédaction d’un nouveau document qui ne peut que recueillir le consensus général ne saurait à lui seul régler les problèmes d’une refondation nécessaire de l’Education dans notre Pays.

 

L’école peut se comparer à un train de pneumatiques qui supporte le poids de la société et en assure le confort en amortissant les chocs de la réalité économique et sociale. Le problème c’est que les chambres à air de ces pneumatiques sont percées de nombreux orifices et qu’il est vain de gonfler en permanence les pneus en insufflant toujours davantage de moyens financiers et humains sans que ne soient au préalable colmatés les trous des chambres à air. C’est pourtant à cette manœuvre insensée, dérisoire et récurrente que l’on assiste dans la société Française et son discours sur le « toujours plus ». Les trous dans les chambres à air, nous allons les identifier dans la suite de ce document et à moins de les obstruer la réalité amère de l’échec continuera à miner notre société.

 

L’éducation, c’est quoi ?

 

Le mot éduquer est issu du latin « educare », qui signifie transmettre, nourrir par la connaissance. Mais on peut aussi imaginer qu’il dérive de « ex ducere », conduire hors des chemins. Il s’agit bien là d’apprendre aux enfants à penser différemment, à remettre en cause les idées reçues. Il nous faut valoriser les potentiels, et non pas se satisfaire de financer des échecs. Aujourd’hui, on dirait que le système éducatif organise un naufrage pour voir ceux qui savent nage. (1)

 

Former les esprits sans les conformer;
Les enrichir sans les endoctriner;
Les armer sans les enrôler;
Leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force;
Les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité;
Leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu'est la ressemblance.

Jean ROSTAND
Académie Française

 

Question première.

 

En quoi les parents sont concernés ?

En quoi l’école est concernée ?

En quoi la société toute entière est concernée ?

 

En quoi l’interaction de ces institutions conditionnera le devenir de chaque enfant de ce Pays ?

 

Quel est l’objectif poursuivi ? La réussite de tous les enfants… leur donner les moyens de construire leur avenir et leur bonheur. Est-ce possible ? Acceptons-nous de voir une forte minorité de nos enfants et nos jeunes en jachère, en déshérence, en souffrance sociale errer dans leur vie, sans repères, sans identité, sans perspective, sans projet, sans formation ?

 

L’éducation c’est l’ensemble des attitudes, des comportements, des enseignements de l’adulte visant à construire en interaction avec l’enfant les repères les valeurs les comportements propres à en faire au final un citoyen responsable, actif dans sa vie personnelle, dans sa vie sociale et économique, solidaire et impliqué dans une démarche utile à la société.

 

De ce projet ambitieux, parents, école et société sont tous trois coresponsables.

 

La formulation de Jean Rostand cerne bien le contenu de l’acte éducatif. Il est avant tout un acte d’accompagnement, un acte de structuration de la personnalité de chaque enfant en développant sa propre liberté, mais également un acte de transmission de valeurs et de comportements. En ce sens l’exemplarité est au centre de toute éducation.

 

Il n’est pas inutile de se pencher sur la terminologie qui entoure le concept d’Education. Quelle différence entre un professeur, un enseignant, un formateur, un instituteur, un pédagogue, un dictaticien, un gourou, un maître.

Topaze 

 

- Professeur, celui qui professe, qui donne un enseignement disciplinaire 

- Instituteur, celui qui institue, qui établit, celui qui donne des institutions à un peuple (Rousseau)

- Enseignant, celui qui enseigne, qui délivre un savoir

- Gourou, celui qui délivre une doctrine à des adeptes

- Maître, celui qui donne un exemple  de vie
- Formateur, celui qui donne une formation  sur des connaissances spécifiques

- Instructeur, celui qui donne des connaissances sur un champ précis d’apprentissage.
- Educateur, celui qui construit la personnalité morale, civique et sociale de l’enfant, par son enseignement et son exemple.

 

Ainsi donc, si l’on dit « Ministère de l’Education » plutôt que « Ministère de l’instruction publique » comme ce fut le cas dans le passé, c’est que l’on souhaite que les agents de ce ministère ne se limitent pas à la transmission des savoirs mais couvrent le champ entier de l’Education.

 

Si l’on parle d’ « Instituts de formation des Maîtres » c’est que l’on souhaite former non seulement des spécialistes disciplinaires, des didacticiens et des pédagogues mais aussi des éducateurs ( avec le peu de succès que l’on sait).

 

Si l’on éradique le terme d’ « instituteur » dans le 1er degré pour le remplacer par « professeur des écoles » c’est qu’inconsciemment on met l’accent sur le côté disciplinaire et la dimension promotionnelle du terme qui s’applique au 2nd degré. C’est une opération de promotion professionnelle à coût réduit qui joue sur les représentations sociales du terme de « professeur »

 

Je persiste à croire qu’il n’y a pas de termes plus appropriés pour désigner les agents du service public d’éducation que ceux d’instituteur ou de Maître. Le premier a institué, bien au-delà des personnalités des enfants, toute une société construite autour des valeurs de l’école de la République, le second, du fond des âges a transmis les valeurs, les connaissances et les savoirs faire des tahu’a dans le monde Maohi ou des artisans prestigieux qui existent encore dans le monde et qui constituent les modèles d’excellence dans toutes les professions et dans tous les pays.

 

(1) Hervé Serieyx : Congrès Education Formation Emploi  Pirae le 2 mai 2011

 

 

Publié dans Éducation

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Taram 02/12/2011 21:38


Bonjour à tous,


Le 6 octobre 2010, j'avais répondu à un communiqué de je ne sais plus quel parti ou association. Voici le texte de ma réponse que je viens de retrouver dans mes archives :


ECHEC SCOLAIRE


J’approuve le communiqué du 4 octobre dernier sur l’échec scolaire… Mais je pense qu’il ne faut pas se limiter à la perdition de la
culture.


Il est certain que la culture est indispensable à l’éducation, comme les racines sont indispensables à l’arbre et les fondations à la maison.
Mais les racines ne sont pas l’arbre, celui-ci à besoin de l’air environnant et on ne vit pas dans les fondations, il faut ensuite construire la maison avec des matériaux différents.


Les causes de l’échec scolaire sont multiples : l’élève, le milieu social, la famille, le système éducatif, les enseignants,… C’est sur
toutes ces causes que l’on doit agir. Ce contenter d’améliorer l’apprentissage de la culture et de la langue serait très insuffisant et risquerait d’enfermer les élèves au lieu de les ouvrir aux
réalités économiques mondiales.


Je te conseille le site


http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2008/09/EchecscolaireDeVecchi.aspx


Un extrait : Ce ne sont pas quelques affirmations politiciennes et la mise en place d’interventions ponctuelles et isolées
qui vont régler l’échec scolaire. Toutes les dimensions du problème doivent être abordées en même temps.