PLAIDOYER POUR LES NULS (6)

Publié le par N.L. Taram

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Suite de notre feuilleton « Plaidoyer pour les nuls » de Jean-Paul Barral.

Aujourd’hui, suite de la « Journée de l’enfance », avec un tir groupé sur les bien-pensants, les « réalistes », les « raisonnables », les « pédagogiquement corrects » 

 

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 Les besoins des enfants.

 

 

 Si l’on s’interroge sur le pourquoi de l’échec scolaire de nos enfants, il convient de se pencher sur les besoins de l’enfant car les enfants-apprenants que l’on retrouve chaque matin dans la classe sous leur identité d’  « élèves » sont avant tout des enfants. 

 

 Comment imaginer que ces élèves puissent tirer profit de l’activité scolaire si un certain nombre de conditions ne sont pas réunies dans leur vécu d’enfants ? Toute démarche de transformation de l’école butera sur les limites de cette réalité première.

 

 Il importe donc dans une démarche d’analyse inspirée des études de Masslow d’identifier et de classifier les besoins de l’enfant pour satisfaire son développement harmonieux. Par ordre de priorité, on peut identifier ;

 

1. les besoins primaires de l’enfant : Manger, dormir, s’habiller

        

2. Les besoins de sécurité

o   Sécurité du corps

o   Sécurité physique contre les violences et les agressions

o   Abri pour se protéger (logement)

o   Droit à la santé

o   Sécurité morale et psychologique

o   Sécurité affective (amour des parents)

o   Stabilité du couple (amour entre les parents)

o   Droit à l’éducation

o   Sécurité économique et sociale de la famille

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3. Les besoins d’identité

o   Qui je suis, de qui je suis, ma langue, ma culture

o   Besoin de s’exprimer

o   Besoin de communiquer avec d’autres (Parents, fratrie, amis, enseignants…)

o   Besoin d’une relation à l’autre

o   Besoin d’intégration à un groupe (sentiment d’appartenance)

o   Besoin d’être aimé

 

4. Les besoins d’estime :

o   Se respecter soi-même

o   Etre respecté par les autres pour ce qu’on est

o   Avoir une activité valorisante (familiale, associative, religieuse…)

o   Besoin de reconnaissance et de considération (des parents, des enseignants, des camarades de classe, des amis, de la société…)

o   Besoin d’estime de soi.

 

5. Les conditions de réussite :

o   Avoir un jugement autonome 

o   Etre capable de faire des choix

o   Assumer des responsabilités à son niveau

o   Avoir des valeurs qui guident sa vie.

o   Avoir atteint ses objectifs scolaires

o   Avoir un projet de formation professionnelle

o   Avoir un projet de vie.

 

Répondre aux besoins de l’enfant est donc une condition nécessaire à sa réussite scolaire et éducative. Comment un enfant qui n’a aucune sécurité affective familiale, qui s’est endormi à minuit, qui a entendu et vu se battre ses parents, qui n’a pas déjeuné le matin, qui a peut-être été frappé, peut-il être en situation d’apprendre quoi que ce soit en arrivant à l’école ?

 

Tous les plus beaux discours programmatiques sur l’Education seront de peu d’utilité face à cette réalité sociale et familiale pénalisante. Il faut donc que le système social dans sa globalité et éducatif en particulier se préoccupe notamment de ces problèmes de base qui ruinent le devenir de nos enfants les plus en difficulté.

 

Certains tenants de « l’efficacité» et de la focalisation de l’école sur ses « fondamentaux » (apprendre à lire, écrire et compter)  en occultant tous les autres aspects des contraintes qui pèsent sur les enfants et les élèves se trompent lourdement pour ce qui concerne tous les élèves en difficulté. Il s’agit là d’un discours pour les « bons élèves », pour ceux qui réussissent dans le système actuel, assurément. Ces adeptes de l’enseignement frontal et traditionnel et grands contempteurs du « pédagogisme » ne sont en réalité que les défenseurs des élèves qui ont tout chez eux au sein de leur famille, le stimulus social, le confort matériel, le niveau de langage, la confiance en soi, …. pour réussir.

 

Pour les autres les solutions ne sont pas si simples.Il ne suffit pas de rajouter 2 heures de Français en 6ème aux 4 heures de l'emploi du temps pour que la langue de Molière soit mieux perçue par nos élèves Polynésiens. La technique de la surdose comme outil de remédiation conduit trop souvent à un effet "d'overdose" fatal. C'est dans la recherche d'une pédagogie innovante que l'on peut trouver un véritable ré enchantement des élèves pour les matières dans lesquelles ils sont en échec.

 

Et s’ils réussissaient tous ?

 

 

Attention écoleUtopie ? J’entends d’ici les sarcasmes des bien-pensants, des « réalistes » des « raisonnables » des « pédagogiquement corrects » : Faut pas rêver ! Tu prends tes désirs pour la réalité ! Le monde est ainsi fait qu’il y aura toujours des riches et des pauvres, ceux qui réussissent et ceux qui échouent, ceux qui roulent sur l’autoroute de la prospérité et ceux qui, sur le bas côté,  regardent passer les voitures rutilantes de la réussite !

 

C’est ainsi que deux mondes coexistent dos à dos, l’un enviant l’autre, l’autre ignorant l’un dans un profond déni de justice.

 

A quoi sert l’école si son combat n’est pas pour la justice par l’éducation, si son combat n’est pas pour l’équité et la fraternité qui conduisent à un monde meilleur ?

 

 « Le mot utopiste vient du fond des siècles … C’est ainsi qu’à partir du substantif grec Topos (le lieu) et du préfixe u (préfixe de négation) Thomas More avait inventé un néologisme : U-Topia. Le non-lieu ou plus précisément, le lieu, le monde qui n’existe pas encore. L’Utopie est le désir du tout autre. Elle désigne ce qui nous manque dans notre courte vie sur terre. Elle embrasse la justice exigible. Elle exprime la liberté, la solidarité, le bonheur partagé dont la conscience humaine anticipe l’avènement et les contours. Sans cette justice, aucun bonheur n’est possible pour aucun de nous.   » (1).

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L’éducation est le projet utopique par excellence. Donner forme à des personnalités d’enfants qui n’existent pas encore et qui sont en devenir, accoucher de demain voilà la raison d’être de nos destins d’éducateurs. Et même si le port est loin, même si les temps sont rudes, l’éducation doit être comme l’étoile qui guide le navigateur sur la route de sa vie, son objectif idéal est hors de portée mais cette étoile montre le chemin.

 

Est-il besoin de rappeler que seuls les utopistes font avancer le monde. De Jésus à Mandela en passant par Jean Monet, Gandhi, de Gaulle, tous ces utopistes étaient traités de fous par les « réalistes » de leur époque, et pourtant ils ont changé le cours de l’Histoire du monde.

 

Dans notre travail d’éducateurs, nous devons au quotidien faire œuvre d’utopistes car notre mission est bien de bâtir par l’entremise des enfants un monde qui n’existe pas et qui sera porteur de nos valeurs.

 

Ainsi dans le monde idéal que nous avons l’ambition de construire, nous pouvons identifier 10 conditions qui, réunies, assureraient la réussite des enfants dont nous avons la charge. Ces conditions relèvent de la responsabilité soit de la Famille, soit de l’Ecole, soit de la société (Commune, services du Pays, Associations…) soit des trois réunies. Chacun devant assumer sa part de la charge éducative. (Voir Annexe 3)

 

La responsabilité exclusive des parents et de la famille :

     1. Les conditions de vie : logement, nourriture

2. La santé physique et mentale de l’enfant

3. L’affectivité (amour des parents)

 

La responsabilité exclusive de l’Ecole : C’est le domaine de la Pédagogie scolaire.

4. Les savoirs théoriques et pratiques (savoirs et savoir faire)

5. Les méthodes d’apprentissages

 

EcoleLa responsabilité conjointe de l’Ecole, de la famille et de la société :

       6. L’expression de l’enfant (orale, écrite, artistique, sportive)

        7. Les valeurs morales (Respect de soi, des autres, de l’environnement, de la solidarité et de la justice)

        8. L’éducation civique  (savoir être)

        9. L’enracinement et le sentiment d’appartenance (savoir qui je suis, de qui je suis)

       10. L’effort et la rigueur

 

Au niveau des partenaires éducatifs de la société, la Commune occupe une place stratégique. Etant l’institution la plus proche des citoyens, donc des parents et des éducateurs, elle bénéficie de surcroit d’une grande légitimité quant à sa vocation à agir dans l’intérêt général, particulièrement dans celui des enfants de la commune et de leurs parents.

 

Les compétences institutionnelles octroyées par le statut d’autonomie dans le domaine de l’éducation  concernent les constructions des écoles du 1er degré maternelles primaires et CJA, de leur entretien par le personnel communal,  de leurs réparations, le service de restauration scolaire des élèves des écoles communales, le transport pédagogique des élèves à la demande des directions d’écoles, l’octroi de bourses de cantine.

 

 Mais au-delà de ces services aux écoles, il est légitime que le maire d’une commune se préoccupe également de la réussite scolaire des enfants de sa commune et organise, en mobilisant l’ensemble des forces éducatives œuvrant sur son territoire, un véritable Projet Educatif Local. Ainsi devrait se mettre en place dans toutes les communes, dans le cadre du PEL une démarche volontariste pour favoriser comme le suggère le CESC dans sa réunion du 14 avril 2011 les « écoles de la parentalité » épaulées par les pouvoirs publics.

 

(1) Jean Ziegler  «  L’empire de la honte » Mai 2008   

 

 

 

Publié dans Éducation

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