PLAIDOYER POUR LES NULS (9)

Publié le par N.L. Taram

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Suite de notre feuilleton « Plaidoyer pour les nuls » de Jean-Paul Barral.

Aujourd’hui, nous rentrons dans le vif du sujet avec « Les missions de l’École »…

 

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Le poids du redoublement

Le poids de la faute

 

La pratique de l’évaluation à la Française et de la notation à la Française conduit à un fléau national que l’on retrouve également en Polynésie de façon aggravée. Ces pratiques conduisent à un phénomène très pénalisant : la stratégie du redoublement.

 

« L’Education Nationale Française est la championne mondiale du redoublement. Au japon, en Corée et dans d’autres pays d’Asie, ce phénomène n’existe tout simplement pas. … Aucun Pays n’égale le taux de redoublement de la France. L’enquête PISA 2003 demandait quel pourcentage des élèves de 15 ans avait déjà redoublé une classe. La moyenne internationale était de 13,4%. Ce nombre en France était de 38,3% soit 3 fois plus ».

« Sur la base des taux actuels de redoublement au lycée, on peut estimer que la proportion d’élèves d’une cohorte qui redoubleront une fois du cours préparatoire à la terminale est proche de 57%. » (1)

decrochage-scolaire 

De façon générale redoubler est inefficace et contre productif.

« La répétition des mêmes contenus d’enseignement avec les mêmes méthodes et quelques fois aussi le même enseignant ne se révèle pas, sauf exception, une mesure suffisante pour remettre l’élève à niveau. » (2)

 

Cette pratique du redoublement extrêmement coûteuse en moyens en personnel et en moyens financiers,  est en lien profond avec une des pesanteurs pédagogiques déterminante du système scolaire français : le statut de l’erreur dans les processus d’apprentissages. L’erreur n’est pas considérée comme une option positive permettant de construire les connaissances mais comme une véritable faute au sens moral du terme, qui engage profondément la personnalité de l’élève et le déconsidère aux yeux de tous. C’est la raison pour laquelle à la différence des élèves d’autres pays, l’élève Français (et Polynésien) éprouve toujours une appréhension à répondre à une question de peur de « faire une faute ».

 

“Tout notre système d’évaluation suit un mode traditionnel qui pointe la faute plutôt que la réussite » (3)

 

« Les élèves Français préfèrent se taire plutôt que de donner une réponse erronée.

La réticence des jeunes Français ne serait-ce qu’à tenter de répondre à une question est symptomatique d’un système où les enfants ont été conditionnés à « la fermer » plutôt qu’à exprimer ce qu’ils pensent par peur de se tromper. Ce système promeut l’effacement de soi, le conformisme et l’obéissance aveugle au détriment du sens de l’initiative et de la curiosité. » (4)

 

Les missions de l’Ecole

 

La première mission : la personnalité de l’enfant

Le devoir d’exemplarité

 

Comment redonner sa place au Maître d’école ou de collège ou de Lycée dans la société ?

Tout d’abord en réaffirmant son rôle fondamental dans la structuration de la personnalité de l’enfant. Le premier rôle du Maître est d’accompagner l’élève dans sa propre construction selon la belle formule de Jean Rostand, en le faisant découvrir ce qu’il est. Pour ce faire, il doit constituer pour l’enfant un repère, un invariant, une référence et un exemple qui puisse l’inspirer. Cette première mission constitue le socle du métier, depuis le temps où il a été institué. Il n’est pas inutile de rappeler les devoirs éthiques et moraux de la profession, tels qu’ils ont été transcrite depuis bientôt deux siècles par les différents ministres de l’éducation.

 

Je rappellerais deux citations extraites de deux « Lettres aux instituteurs » :

 

« Vous n’ignorez pas qu’en vous confiant un enfant, chaque famille vous demande de lui rendre un honnête homme et le pays un bon citoyen. » (5)

 

« On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux. Ce sera dans l’Histoire un honneur particulier pour notre corps enseignant d’avoir mérité … cette opinion qu’il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer, en quelque sorte, d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. » (6)

 

Voilà pour le devoir d’exemplarité.

 

La deuxième mission : l’apprentissage de l’altérité.

Le devoir de respect

 

professeurLa seconde mission qui incombe aux Maîtres c’est d’ouvrir à nos enfants et à nos jeunes le chemin de l’altérité. La découverte de l’autre, la découverte de la différence, des rapports interpersonnels et des rapports sociaux au sein d’une collectivité (groupe de travail, classe, école…) sont essentiels à la construction de l’image sociale de chaque enfant…. Avec en arrière plan les valeurs du respect que l’on doit à soi même et aux autres. Voilà pour la mission de socialisation de l’école.

 

La troisième mission : Transmission des valeurs éducatives

Le devoir de responsabilité

 

La troisième mission qui incombe aux Maîtres est celle de la transmission des valeurs éducatives propres à armer les jeunes gens et les futurs citoyens à affronter la vie active dans les conditions optimales qui puissent les conduire  au bonheur.

 

L’éducation à la responsabilité par rapport à soi et aux autres, qu’accompagne l’éducation à la solidarité dans le groupe classe, l’école, la commune, c’est en effet l’apprentissage de la communication, du partage, de la participation, de la coopération qui doit s’apprendre à l’école.

 

Il importe, notamment de nos jours de former sérieusement les enfants aux techniques de la communication dans le cadre du développement exponentiel de toutes les techniques liées à l’Internet et à l’informatique afin de les protéger contre les aspects nocifs du libre accès à ces outils de communication. Faire comprendre les règles, les enjeux et les dangers potentiels de ces outils qui ouvrent un champ infini d’accès à toutes les connaissances. Replacer le réel et l’humain au centre de toute démarche de communication et lutter contre l’isolement, la réclusion et l’enfermement dans un monde virtuel générant une entropie de la relation humaine.

 

N’oublions pas parmi les valeurs éducatives l’exigence de la rigueur dans l’ensemble de toutes les activités dans l’école et autour de l’école, dans la famille particulièrement, valeurs absolument nécessaires à la consolidation des connaissances et des comportements.

 

La quatrième mission : la transmission des connaissances.

Les outils de la pensée

 

Enfin la quatrième mission de l’école est la transmission des connaissances nécessaires à la maîtrise des savoirs et des savoirs faire propres à armer les jeunes à entrer dans la vie active en acquérant une formation professionnelle conduisant à un métier dans les meilleures conditions d’employabilité. Parmi ces connaissances, il convient de mettre au premier plan celles qui permettent toutes les autres, les instruments de la construction de la pensée.

 

Le langage, premier jalon pour décrire, se familiariser, s’approprier le monde environnant et particulièrement de tenter les premières médiations sociales. Ensuite l’écriture, construite sur le langage qui permet d’élaborer une pensée structurée et puissante. Enfin le calcul qui permet de quantifier le monde et de s’en approprier les règles, les lois, les propriétés et de comprendre les réalités physiques qui nous entourent.

 

A chaque pallier de l’école, les conditions minimales d’acquisition de ces outils doivent être  vérifiées et une consolidation doit être assurée en permanence pour permettre à tous les enfants de bénéficier d’une scolarité satisfaisante.

 

Pour les techniques d’apprentissages (didactique) et les méthodes d’apprentissage (pédagogie) une formation spécifique sera délivrée qui ne pourra constituer qu’une partie de la formation des futurs Maîtres. Il importe de comprendre que cette mission de transfert des connaissances ne peut se concevoir que bâtie sur le socle des valeurs des trois premières.

 

Dans la transmission des connaissances, il importe également de donner du sens aux apprentissages. L’empilement des connaissances ne saurait correspondre à un véritable projet d’apprentissage à moins que ces différentes connaissances ne soient liées entre elles par le lien du sens. Apprendre à lire mot à mot (déchiffrage) ne signifie nullement savoir lire. C’est la cause essentielle de l’illettrisme : une connaissance désarticulée privée de tout sens.

 

L’enjeu de l’implication des maîtres

 

Quand on affronte les réalités de demain avec les organisations d’hier, on a les problèmes d’aujourd’hui.
Hervé Sérieyx

 

Il serait vain de vouloir transformer le système éducatif sans la participation active des maîtres. Nous avons vu le rôle déterminant des parents dans l’éducation familiale, le rôle des enseignants est tout aussi important dans l’éducation scolaire.

 Pourquoi changer ?

 Activités d'éveil

Pourquoi les enseignants changeraient-ils ? Quel serait leur intérêt à changer ?

Pour une simple raison, la recherche du bonheur.

En effet qu’est ce qui pousse un jeune, au sortir de l’université de vouloir embrasser la carrière enseignante ? La sécurité de l’emploi ? Certes ! Un salaire appréciable et régulier ? Certes ! Des vacances plus importantes qu’ailleurs ? Certes ! La reconnaissance d’un statut social enviable ? Certes ! Quoique l’aura de l’enseignant ait bien pâli, moins de considération de la part des parents, moins de respect de la part des élèves, peu de reconnaissance souvent de la part de l’institution….

 

Ce n’est pas cela qui fait s’engager un enseignant. Car les charges sont lourdes, le métier est dur et éprouvant, physiquement, nerveusement, les responsabilités sont importantes, les enseignants ont un sentiment confus de déclassement social et leur image dans la société n’est plus ce qu’elle était il y a quelques décennies. Alors osons une explication : malgré tout cela les enseignants aiment leur métier parce qu’ils aiment les enfants et les jeunes et parce qu’ils ont à cœur de transmettre ce qu’ils ont reçu.

 

Et cette transmission, ce geste d’aller vers l’autre, ce goût du partage participe à l’idée gratifiante que sa vie est utile et que son destin est enviable, en somme le sentiment qu’il a de sa vie participe à son bonheur.

 

Mais aujourd’hui, malgré cela, beaucoup d’enseignants ne sont pas satisfaits de leur sort. L’état problématique dans lequel se trouve aujourd’hui leur institution les plonge souvent dans le doute quant à la pertinence de leur choix professionnel. Et pourtant, certains établissements fonctionnent très bien mais personne n’en parle.

 

Les média sont plus intéressés à montrer les établissements où les situations posent des problèmes de violence, d’incivilité, d’agressions. C’est une grande tare de notre système scolaire et médiatique : on ne sait pas mettre en valeur les succès et les réussites. Les enseignants de grande qualité ne sont ni mis en valeur ni récompensés, leurs pratiques remarquables ne sont profitables à personne, ils demeurent dans un anonymat stérile. Une des mesures utile pour le système éducatif serait de valoriser tous les talents qui existent dans nos établissements scolaires et en assurer une très large publicité en utilisant les moyens puissants de l’Internet, de l’informatique et des réseaux sociaux.   

 

(1) Direction de l’évaluation et  de la prospective « Le redoublement au cours de la scolarité obligatoire : nouvelles analyses, mêmes constats ; Dossier 166 mai 2005.

(2) Jean-Paul Caille «Le redoublement à l’école élémentaire et dans l’enseignement secondaire ». (2004)

(3) Patrice Corre  Proviseur du Lycée Henri –IV

(4) Peter Gumbel « On achève bien les élèves »

(5) François GUIZOT «  Lettre aux instituteurs du 18 juillet 1833 »

(6) Jules FERRY « Lettre aux instituteurs du 17 novembre 1883 »

Publié dans Éducation

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