PROTECTORAT OU ANNEXION ?

Publié le par N.L. Taram

Louis Philippe livreVoici quelques passages relevés dans le livre « Louis-Philippe » de Guy Antonetti et concernant l’AFFAIRE PRITCHARD.

J’ai noté quelques différences entre cette « vision » parisienne et les écrits de Bengt Danielsson (« Mémorial polynésien » volume 2), beaucoup plus détaillés et certainement plus proches de notre histoire.

 

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Extraits de « Louis-Philippe » de Guy Antonetti :


Les événements ignorés de Paris
Quant à l'affaire Pritchard, elle a eu a l'origine une importance encore plus mince. Elle se situe aux confins des rivalités qui ont opposé à cette époque dans le Pacifique d'une part les missions catholiques Françaises et les missions protestantes Anglaises, et d'autre part les ambitions des marins Français et des marins Anglais. L'enjeu est, au-delà de l'évangélisation, d'implanter dans la Polynésie l'influence puis la souveraineté des deux puissances rivales. DupetitThouarsAA
Les expéditions de Dumont d'Urville (1822/25 - 1826/29) puis de Dupetit-Thouars (1837/39) ont étendu l'influence du pavillon Français dans cette partie du monde, tandis que Dumont d'Urville prenait possession de la terre Adélie dans l'antarctique. Dupetit-Thouars est chargé de prendre possession des îles Marquises, ce qu'il fait en 1841. Puis il se rend plus au sud, à Tahiti, dans les îles de la société. Là, il entre en conflit avec le pasteur Pritchard, missionnaire protestant protégé par l'Angleterre qui lui a conféré le statut de consul, jouissant sur place des faveurs de la reine Pomaré, et prétendant empêcher les activités des missionnaires catholiques. Dupetit-Thouars n'a reçu aucune instruction en vue d'établir un protectorat sur Tahiti: c'est pourtant ce qu'il fait, en l'imposant à Pomaré (9 septembre 1842). Placé devant le fait accompli, le gouvernement Français accepte à contrecœur (17 avril 1843).
Dupetit-Thouars
Visite de Louis-Philippe à Londres.
Dans le discours du trône du 27 Novembre 1843, Louis-Philippe évoque les troubles de Grèce et d'Espagne dont il souhaite l'apaisement et il enchaine: "La sincère amitié qui m'unit à la reine de la Grande-Bretagne et la cordiale entente qui existe entre mon gouvernement et le sien me confirment dans cette confiance.". Cette entente cordiale, maintenant consacrée par une expression propre, est donc l'axe de la diplomatie Française.


En France
Les milieux politiques en France ne sont pas unanimes. Dans la discussion de l'adresse(notes d'observations rédigées à chaque séances à l'intention du roi, quelques fois des remerciements d'autres des ordres impératifs), en janvier 1844, Thiers fait une intervention remarquée, pour démontrer que l'alliance Anglaise, justifiée en 1830, ne l'est plus dans des circonstances où les intérêts Français, partout dans le monde, se heurtent aux intérêts Anglais: en Belgique à propos des relations commerciales, au Maroc, en Grèce en Espagne Jusqu'à Tahiti... Guizot répond et convainc la majorité. Cependant, les arguments de Thiers seront amplement confirmés par les faits en 1844.

Maison-Pritchard-copie-1.jpgL'affaire Pritchard
En ce qui concerne Tahiti, l'affaire Pritchard rebondit fâcheusement en 1844. En effet, Dupetit-Thouars a répondu aux manœuvres de la reine Pomaré de manière expéditive, en la détrônant (5 novembre 1843) et en annexant purement et simplement Tahiti. La nouvelle arrive en France la fin de février 1844. Louis-Philippe ne veut pas se laisser forcer la main. Après délibération en conseil des ministres, une note parue dans le moniteur le 26 février annonce que le roi, de l'avis de son conseil, a ordonné l'exécution pure et simple du traité de protectorat, ce qui annule l’annexion. Explosion de colère dans l'opposition qui invoque l'honneur national bafoué ! C'est le moment que choisit le troisième fils du roi, le prince de Joinville, contre-amiral, pour publier sans signature un État des forces navales de la France où il critique l'insuffisance de la flotte nationale. Joinville et d'Aumale (les deux frères) affichent des sentiments vivement Anglophobes, qui désolent leur père.
L'opposition est toute heureuse de pouvoir faire grand tapage autour de cette publication!

Pritchard 1                                 Arrestation de Pritchard (Mémorail polynésien)
A Tahiti, où ces nouvelles ne sont pas encore arrivées, comme Pritchard continue de mener l'agitation contre les Français, le capitaine de vaisseau Bruat, qui vient d'être nommé commandant des établissements Français d'Océanie, fait expulser le consul d'Angleterre en mars 1844. Arrivé en Angleterre le 26 juillet, celui-ci déchaîne l'indignation de ses compatriotes en se posant en victime d'un outrage grossier. L'opinion francophobe s'enflamme, et comme l'affaire survient en pleine crise Marocaine, certains parlent, en août, de guerre avec la France.Pomare-Pritchard.jpg
La conjoncture est d'autant plus inquiétante qu'en juin 1844 l'empereur Nicolas Ier est venu en voyage officiel à Londres, en vue d'attirer à lui l'Angleterre pour isoler la France. Le despote Russe est un fanatique haineux et grossier qui poursuit Louis-Philippe de ses insultes avec une ténacité digne d'une meilleure cause.
Le 15 Août 1844, Louis-Philippe se confie à Victor Hugo: " Nous avons fait une faute en prenant ce chien de protectorat. Nous avons fait une chose embarrassante pour le monde. L'effet populaire a été médiocre, l'effet embarrassant est énorme. Qu'avions-nous besoin de nous empêtrer de Taïti(le roi prononçait Taëte)? Que nous faisait cette pincée de grains de tabac au milieu de l'Océan? A quoi bon loger notre honneur à quatre mille lieues de nous dans la guérite d'une sentinelle insultée par un sauvage et par un fou ?". Et il saisit l'occasion pour exprimer longuement ses opinions sur et ses sentiments sur les Anglais. Il oppose les Anglais qui ne savent pas le Français à ceux qui le savent "Il y a les des Anglais, et des plus hauts placés, qui ne comprennent rien aux Français, comme ce pauvre duc de Clarence qui a, depuis, été Guillaume IV. Ce n'était qu'un matelot. Il faut se garder de l'esprit matelot, je le dis souvent à mon fils de Joinville: qui n'est qu'un marin n'est rien sur terre. Or ce duc de Clarence me disait: " Duc d'Orléans, il faut une guerre tous les vingt ans entre la France et l'Angleterre, l'histoire le montre." je lui répondais: "Mon cher duc de Clarence, à quoi bon les gens d'esprit si on laisse le genre humain refaire toujours les mêmes sottises?". Le duc de Clarence ne savait pas un mot de Français, non plus que Peel.". Et Louis-Philippe de conclure sur ce fait: "Il faut, pour faire de la bonne politique, des Anglais qui sachent le Français et des Français qui sachent l'Anglais." Puis il continue: "Tenez, je vais aller en Angleterre le mois prochain. J'y serai fort bien reçu. Je parle Anglais. Et puis les Anglais me savent gré de les avoir étudiés assez à fond pour ne pas les détester, car on commence toujours par détester les Anglais.... ...Entre nous, j'ai une chose à craindre en allant en Angleterre, c'est le trop bon accueil.... ... De la popularité là-bas me ferait de l'impopularité ici. Cependant, il y a une autre difficulté. Il ne faut pas non plus que je me fasse mal recevoir. Mal reçu là-bas, raillé ici. Oh! ce n'est pas facile de se mouvoir quand on est Louis-Philippe! n'est-ce pas, monsieur Hugo.".
Le roi résiste à l'envie de se venger de ses adversaires: "Je tacherai pourtant de m'en tirer mieux que ce grand bêta d'empereur de Russie qui est allé là au grand galop chercher une chute. Voilà un pauvre sire. Quel niais! Ce n'est qu'un caporal Russe, occupé d'un talon de botte et d'un bouton de guêtre... ...Monsieur Hugo! Les princes intelligents sont bien rares... ...Voyez cet imbécile de roi du Maroc! Quelle misère de gouverner à travers cette cohue de rois ahuris..." On comprend que ces confidences royales aient conduit Victor Hugo à ramener l'affaire Pritchard à "Une querelle de café entre deux sous-lieutenants, dont l'un a regardé l'autre de travers"...

Guizot
Louis-Philippe et Guizot ont donc négocié avec Aberdeen une indemnisation de Prichard, tout en refusant de désavouer officiellement les officiers Français responsables de l'incident, et d'autoriser le consul-pasteur-apothicaire à retourner à Tahiti. Le gouvernement Anglais a accepté cette solution le 6 septembre 1844. Comme le 10 du même mois a été conclue la paix avec le Maroc, et bien que, de part et d'autre de la Manche, les opinions politiques restent très échauffées, rien ne s'oppose maintenant à ce que le roi des Français aille en Angleterre rendre visite à la reine Victoria, et qu'il y efface les traces de la récente visite de l'empereur Nicolas Ier.

Seconde visite Anglaise
Du 8 au 14 octobre, accompagné de son dernier fils, le duc de Montpensier, et de Guizot, Louis-Philippe est reçu chaleureusement à Londres, ou la reine le fait chevalier de la jarretière. Tous les discours répètent à l'envi l'intention partagée de maintenir la paix et l'entente cordiale entre les deux pays.....

 

Extraits et résumés de notre ami Claude Saint-Etienne

Publié dans Histoire

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SAINT ETIENNE Claude 04/11/2010 12:21



Bonjour Taram, Pour moi qui campe sur mes lectures j'attends l'autre version.... Celle à venir



N.L. Taram 04/11/2010 19:02



Bonjour Claude,


Hum ! grosse tache... quarante pages d'une histoire assez confuse, mais très bien racontée et illustrée par Bengt Danielsson avec la collaboration de Marie-Thérèse Danielsson et d'Eric
Monod.