SOUVENIRS JAZZISTIQUES

Publié le par N.L. Taram

Guy01.jpgSuite à la parution de l’article précédent sur Fats Waller, j’ai eu un échange de courrier avec mon ami Guy Delorme, musicien (piano, orgue, trompette, saxo ténor). Je lui expliquais comment j’ai découvert la musique de jazz à l’âge de 14 ans et pourquoi je réécoutais ces vieux enregistrements avec beaucoup d’émotions. Il me répondit, toujours avec une qualité littéraire exemplaire, sur ces propres souvenirs. Je décidais donc d’ouvrir une nouvelle catégorie intitulée « Souvenirs, souvenirs ! » et de publier, avec son accord, son dernier courrier…
 
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Salut Pierre,
Comme quoi, nous avons tous notre madeleine de Proust, qu'elle soit gustative ou visuelle, tactile ou olfactive, ou encore auditive.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Comme tu le sais, même si les premières boums de mes quinze ans sautillaient au son de Fats Domino et du Good Book de ce bon Louis et que les déchirants Georgia et You Don't Know me de Ray Charles m'enfonçaient encore plus dans le désespoir de mes premiers chagrins d'amour, mon "entrée en Jazz", un peu atypique pour l'époque, a commencé par une insolente impasse sur la période du ragtime puis celle des années 20 à 40, et ceci malgré le tutorat éclairé d'un ami de mes parents, dentiste de son état, qui avait le bon goût d'héberger une ravissante gretchen autrichienne au pair, 17 ans (j'en avais quinze) au regard céladon, aux formes à la générosité teutonique , avec une bouche aussi gourmande que les knöedels et les strudels aux amandes qu'elle me fit découvrir, entre autres talents...C'est donc les oreilles à moitié bouchées par la testostérone et l'impatience que j'écoutais, priant pour un prompt départ de mon mentor, les vinyls fondateurs du New Orleans, du stride, du swing et des tout premiers pas du Bebop, encore tout sautillant mais déjà tellement foisonnant, avec des phrasés qui n'existaient pas dans le manuel de ce bon Hugues Panassiè. Mais, là encore, Bud Powell et Charlie « Bird » Parker ne m'ont jamais vraiment accroché.
 
Art  Blakey et les Jazz Messangers - Moanin'
 

 
http://youtu.be/uKOoxgI_xfQ  
 
 

 
 
Avec le recul, je réalise que mes premiers vrais chocs en jazz (59-61) s'appellent Art Blakey et les Messengers, les quintets de Donald Byrd, Horace Silver, Cannonball Adderley, puis Miles Davis, sans oublier Eroll Garner, Oscar Peterson, Winton Kelly, Bobby Timmons et Jimmy Smith, Baby Face Villette et Rhoda « les-belles-gambettes » Scott qui furent à différents titres, mes maîtres dans l'apprentissage du piano (puis de l'orgue), Bill Evans n'est intervenu que plus tard, il était trop discret, trop introverti et ses accords bien trop compliqués pour un ado qui reprenait le piano en autodidacte avec seulement trois années de piano classique (de 7 à 10 ans) que j'avais brillamment terminées en jouant "le petit Nègre" de Debussy à l'audition de fin d'année de Mademoiselle Lombard - rien à voir avec le Duc éponyme (club de jazz parisien très réputé) - qui me terrorisait: l'infortunée aurait pu être la jumelle de la sinistre gouvernante du film Rebecca (l'original en N&B, que je vis plus tard.). Quant à Thelonius Monk, j'estimais du haut de mes quinze ans, qu'il n'avait aucune technique, qu'il donnait l'impression de ne pas savoir quelle touche frapper et que quand il en avait trouvé une, il la martelait opiniâtrement faute d'être capable de sortir des arpèges ou des gammes propres. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris l'originalité de ses thèmes et la richesse de ses trouvailles harmoniques et me suis trouvé rétrospectivement aussi fat et méprisant que ce Basie là, par ailleurs brillant leader et arrangeur de Big Band - mais qui, au fond n'avait rien inventé - qui en dépit de son sourire un peu narquois et condescendant à l'égard de Monk, était déjà (à l'insu de son plein gré!) complètement dépassé par un musicien évoluant au moins trois couloirs aériens au-dessus de lui comme on peut voir sur la video culte où Monk joue Blue Monk (il est vrai d'un air plutôt gauche). 
 
 

 
voir aussi (mon premier disque de Monk, quel choc !)
 
Mon dilettantisme chronique m'ayant amené à toucher tardivement aux Vents et aux Cuivres, j'ai appris à écouter plus attentivement les sax (Coltrane, Mobley, Gordon, Henderson, Redman) puis les trompettes/bugles et aujourd'hui, je suis vraiment accro à Chet Baker (le Baker tardif 80-88), aux "buglistes" (comme ce nom est laid, pour une fois, le terme anglais "Flugelhorn" sonne vraiment mieux) tels que Art Farmer, Clark Terry et bien sur Enrico Rava, Paolo Fresu, Randy Brecker, Stéphane Belmondo sans oublier Guido Basso qui, comme son nom ne l'indique pas, est canadien et dont j'aime beaucoup la sonorité enrouée.
GD
 
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Publié dans Souvenirs

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christian Penilla y Perella 18/05/2011 10:15



Taram


 


Je connais un musicien local qui était fou de cette musique et de ses interprètes , il en était un excellent imitateur. c'est comme cela qu'il à tenté une carrière aux USA poussé par
un américain nommé Dan Ostrow qui l'avait entendu à Taravao vers la fin  des années cinquante . J'étais avec eux à cette soirée musicale.


Ce chanteur et musicien , qui ne le connait pas à Tahiti ? C'est PETIOT.



christian Penilla y Perella 18/05/2011 10:00



Je reste bouche bée devant de telles connaîssances.


 


Le jazz, j'ai fait sa connaissance la nuit sur une plage de Punaauia comme je l'ai expliqué sur le blog il y a quelques jours. je l'ai apprécié aussi aprés la guerre au cinéma Tony,
à Pape'ete, il accompagnait de nombreux films muets.


Pour moi c'était de la musique des noirs , pendant long temps  je n'en connaissait même pas le nom : jazz.


Merci Taram et tes amis de nous régaler avec cette musique  si pleine de joie de vivre.



N.L. Taram 18/05/2011 10:12



Bonjour Christian,


Nous sommes d'éternels étudiants...


J'ai ouvert une catégorie "Souvenirs", si tu as quelques histoires à raconter, je suis preneur... avec les réserves d'usage, bien sur !


Un jour quelqu'un me demandait quel intérêt (intérêt, quel drôle de mot) je trouvais à raconter mes histoires. Je lui répondis  : "je raconterai tout ce que j'ai appris jusqu'à mon dernier
jour, il n'est pas question que je parte avec ce "capital".



Guy Delorme 18/05/2011 09:40



Cher ami,


Tu me proposes « … et je t'embauche comme scribe sur mon blog au tarif mirobolant de 1 franc symbolique par article », voilà donc ma
réponse :


 


Je suis très honoré de cett' proposition


Et la perspective d'une' rémunération


N'est en rien étrangère à mon acceptation.


 


Pour symbolique qu'il soit, ce franc est estimable


Et me le proposer est, ma foi, bien aimable.


Je suis votre obligé et me sens redevable


 


De la reconnaissance dont vous me gratifiez.


Rappelez-vous pourtant, je vous l'ai expliqué,


Ma plume est capricieuse et souvent entêtée.


 


Puisque vous le souhaitez, scribe je veux bien être,


Distrayant, je l'espère, talentueux, peut-être,


Mais régulier, ça non! Je ne puis le promettre.


 


Quant à l'illustration sonore ou visuelle,


Elle vous revient, bien sûr, c'est chose naturelle,


Vous êtes le démiurge et le maître d'icelle.


 


A bientôt, cher Ami, en mots ou en musique. GD



N.L. Taram 18/05/2011 09:43



Bonsoir Guy,


Puisque nous sommes d'accord sur le tarif, c'est OK....


Et un concert de bienfaisance au profit des pauvres blogueurs, ça te dirait ?