LA BALLADE DU SOLDAT (1)

Publié le par N.L. Taram

Voici les souvenirs d'un petit soldat perdu au milieu du Pacifique.

Ia ora na outou (bonjour à vous),

J'ai commençé à rédiger mes souvenirs de ce séjour à Moruroa et je ressortirai sûrement quelques photos déjà publiées ailleurs...
Je veux quand même préciser que le titre que j'ai choisi, ce n'est pas dans l'intention de me moquer de mes amis qui ont vécu des situations plus pénibles que la mienne, ni de ceux qui souffrent encore des conséquences de ce drame.
Je tiens seulement à faire comprendre à ceux qui nous lirons... que nous avons (bien involontairement) transformé un paradis en enfer...
Veillez donc m'excuser si, tenant à dire la vérité, mon texte ne rapportera que de bons souvenirs.
(rien à voir avec les souvenirs de Christian Beslu "Tranche de vie à Moruroa", c'était pas la même période !!!)


Mânava i Moruroa nei… Parataito mo'e
(Bienvenue à Moruroa !… Paradis perdu)

 

Tamure Paumotu

 

1er décembre 1963 :
Nous sommes dans les premiers jours de décembre 1963 et notre section du 5ème RMP, génie-légion, s’apprête à embarquer sur le TCD Foudre. Nous devions embarquer quelques jours plus tôt sur le Cheliff, mais celui-ci s’est payé le quai en arrivant à Papeete, il doit donc faire quelques réparations.
Je dois dire qu’après plus de 4 mois de chantier à Arue et de bringue « Quinn’s-La Fayette », un petit séjour de 3 mois à Moruroa ne peut être que bénéfique pour notre santé… et notre porte-monnaie.

Nous prenons la mer, beau temps, mer calme et c’est la découverte de la Royale et mon premier voyage sur un bateau (en dehors du Poti'i Moorea, entre Papeete et Moorea). Il fait chaud et avec mon ami Emile, nous mettons nos matelas pneumatiques sur le pont du bateau pour dormir plutôt que d’aller dans les coursives. Les marins n’y volent aucun inconvénient… nous sommes reçus comme des touristes.

(Note du 02/09/2010 : Après un échange de courrier avec un ancien qui a effectué le même voyage, nous avons quitté Papeete le 17 décembre et sommes arrivés à Moruroa le 19 décembre, ce retard étant dû aux réparations du Cheliff)

 

Le lendemain, nous longeons pendant presque toute la journée une côte très basse couverte de cocotiers, sur la gauche (ou bâbord ?). Cela nous parait irréel vu la longueur, en fait nous longeons les atolls de Hereheretue, Anuanuraro, Anuanurunga, Nukutepipi et, un peu plus loin, Tematangi. 

Atoll

Le jour suivant dans l’après-midi, nous arrivons à Moruroa… le choc : multitude de poissons, oiseaux, crustacés, coraux, cocotiers et plage de sable blanc à l’infini…. 

Moruroa13.jpg
 

Trois ou quatre sections de notre compagnie sont déjà sur les lieux depuis août dernier. En majorité des légionnaires et quelques collègues du génie, le tout sous le commandement du capitaine Galtier. Coup de chance, c’est notre lieutenant vénéré Nerrand (un gars formidable), qui est responsable de l’intendance en plus de son travail au chantier. Cela nous ouvrira les portes des cuisines…
 

Ma baraque Fillod...

Après notre installation et quelques menus travaux d’entretien, notre premier chantier sera la construction de fare niau à l’endroit le plus large de Moruroa (zone Martine), où se trouve une vieille maison en bois, un four à pain enterré dans le sable de corail et un petit cimetière de deux ou trois tombes (derniers témoins d’un drame ?)




 

Ce travail épuisant  entrecoupé de baignade dans le lagon...

Ensuite nous entreprendrons un chantier plus vaste, la construction du foyer, grand bâtiment en Y, couvert de niau, avec un ponton sur le lagon. Et enfin, un hangar HV9 ( ?) à un endroit éloigné où il n’y a plus de cocotiers et où la mer communique avec le lagon à marée haute (ceux qui n’ont pas dormi sur la dalle de béton que nous venions de faire, se sont retrouvés pataugeant dans l’eau au milieu de la nuit). Ce sera le début de la piste d’avion (zone Jeanine ?).

Le futur foyer, dont j'ai peint le dessous du ponton au goudron (très agréable, en faisant la planche, mais j'étais pas beau à voir à la fin Very Happy )
 
 


 

Un tresseur de niau (merci à Christian pour la photo)

Repérage de la zone du futur hangar par mon ami Georges (habitant toujours à Moorea)

Un des boulots les plus pénibles, était le déchargement de ciment de la goélette Orohena. L’ouverture de la cale étant trop petite pour les palettes ( ?), nous devions mettre les sacs de ciment dans un filet. Une fois le filet rempli, celui-ci était transbordé par le palan du bateau vers une péniche de débarquement. Il faut savoir que cela se passait au milieu du lagon faute de quai. Au bout d’une heure, nous étions couverts de ciment qui collait à la peau avec la sueur ; Mais, quelle joie, un plongeon dans le lagon, nous rinçait et c’était reparti pour un tour….

Un hangar HV9 (signalez-moi si je me trompe)


Note : La qualité de mes photos est pas terrible, d'abord je suis nul en photo, ensuite leur long séjour en climat humide ne les a pas arrangées.

à suivre...  LA_BALLADE_DU_SOLDAT_(2)

Suite (2)

Publié dans Histoire, Souvenirs

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