LA BALLADE DU SOLDAT (2)

Publié le par N.L. Taram

 

Mânava i Moruroa nei… Parataito mo'e
(Bienvenue à Moruroa !… Paradis perdu)................. suite


I Te Hora Piti 

 

Pour la douche, il y avait une bâche-réservoir d’eau, surélevée de 2,5 mètres. Au-dessous,  étaient fixées des chasses d’eau de WC, elles se remplissaient grâce au réservoir d’eau supérieur. Donc, nous tirions la chasse pour nous mouiller et après le savonnage, nous tirions à nouveau sur la chasse pour nous rincer. Cette douche n’était ouverte qu’une heure par jour, en fin de journée de travail. Les réserves d’eau étaient amenées à Moruora par un bateau de la Royale spécialisé (genre pinardier de Sète).

(NDLR : Tirer deux coups en allant à la douche... ne vous méprenez pas !)

Moruroa3.jpg 

Venons-en maintenant aux petits moments de plaisir. Presque tout les dimanches, la venue du Bermuda de la RAI (Réseau Aérien Interinsulaire) nous amène des produits frais, légumes, fruits, viande,… et le courrier. Nous lisons rapidement les lettres reçues de nos familles, les nôtres repartent par le même avion… Mais surtout nous pensons aux améliorations de nos repas. Alors notre alimentation ? Faut pas rêver, c’est l’armée, ce n’est pas chez les Frères Runnel (restaurateurs réputés à Montpellier dans les années 1950 et cités souvent par ma mère, grande cuisinière « Si vous n’êtes pas content, allez chez les Frères Runnel ! »).

 

 

Le Bermuda avec le légendaire Douglas Pearson aux commandes (photos extraites du livre "De l'atome à l'autonomie" de Philippe Mazellier) 

 Quoique ! Pratiquement tous les jours du poisson au menu, le poisson que nous avions pêché la veille au soir sur la barrière côté océan ; Certains jours, langoustes ! Quand les prises étaient peu nombreuses, ces plats étaient réservés à ceux qui avaient participé à la pêche (inutile de vous dire que j’en faisais toujours partie). Seule ombre au tableau, le vin, tout ceux qui ont fait leur service militaire savent de quoi je parle ; quand du vin se répandait sur la table, il séchait et se transformait en poudre… mais c’était un excellent décapant pour nettoyer la table en fin de repas….. 

 Je n'ai pas de photo de nos prises de pêche, merci Gérard pour ta photo de Makemo (et bonne pêche !)




Je n’ai jamais vu de rat durant mon séjour (je veux dire dans nos habitations, peut-être y en avait-il dans les cocotiers). Par contre, il y avait des mouches très particulières, elles étaient très lentes, avec un vol maladroit. Nous nous amusions à faire des concours de celui qui en tuerait le plus d’un coup de savate. Enfin, petite gène amusante, les bernard-l’ermite qui s’introduisaient dans notre baraque la nuit. Pour les oiseaux, ils étaient peu variés (frégates, sternes,…) mais en très grand nombres.



Enfin, un bain dans le lagon était un spectacle inouï… nous avions l’impression de nous baigner dans un aquarium. J’avais eu la bonne idée, d’amener mon masque et mes palmes que je prêtais volontiers,  certains me proposaient même de me les louer. Première émotion, le jour où je me suis retrouvé au milieu d’une dizaine de bec de cannes (lethrinus = ‘o’eo)  gros comme des moutons  qui, très curieux, tournaient autour de moi à un ou deux mètres. L’eau était d’une telle clarté que nous voyons un fond de 20 mètres avec précision. Quant j’étais sur un pinacle (colonne verticale de corail au milieu du lagon), je touchais l’eau avant de plonger pour être sur qu’elle se trouvait bien là ; Je constatais que mes amis avaient la même impression. Et sur les pinacles, des belles huitres nacrières grandes comme des assiettes (il doit m’en rester une, si je la retrouve, je ferai une photo).

 
Les loisirs :
J’ai déjà eu l’occasion de parler de la pêche. Certains « dilettantes » pêchaient pendant la journée côté lagon, comme notre coiffeur, légionnaire italien, qui pêchait entre deux coupes de cheveux, avec juste un fil enroulé autour d’une bouteille d’Hinano et un hameçon (je dis bien, un hameçon, souvent sans appât).  Pour nous, c’était le soir, sur le platier côté océan, dans 50 cm d’eau. Nous étions une douzaine, en ligne, équipés de nos chaussures « pataugas », un bâton à la main et quelques lampes morigaz (lampe à pétrole sous pression avec manchon lumineux). Il suffisait de donner un coup de bâton sur le poisson endormi pour l’assommer,  généralement  tarau (loche)  pahoro (perroquet) et  roï (mérou)… Quand nous trouvions une langouste, immédiatement nous l’entourions et c’était à celui qui lui mettrait le pied dessus le premier. Tout cela finissait dans nos sacs en caoutchouc (sac de nos matelas pneumatiques).
Nous avons passé trois ou quatre week-ends sur des motu (ilôts) éloignés pour la pêche. Une péniche de débarquement nous y amenait le samedi et venait nous rechercher le dimanche.
 
                                     Traversée d'un hoa  (ou avaava)                                           

 

Rando-Muru-bivouac.jpg Bivouac sur la plage

 

à suivre...  LA_BALLADE_DU_SOLDAT_(3)

 

Publié dans Histoire, Souvenirs

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Jean-Paul 04/02/2016 10:11

Tu sais c'était pas l'enfer, je garde un bon souvenir de Fangataufa, pas pour ce qu'est s'est passé mais pour le paysage.Quand tu arrive sur l'Atoll il aurait fallut être aveugle, pour ne se douter de rien. Mais c'était beau, tout ce blanc, aveuglant. Un autre monde. Moruroa je détestait, Papeete j'aimais pas trop, mais il y avait mon frangin. Donc j'ai eu aussi une chance c'est de découvrir Tahiti avec lui. Le plateau des orangers, la chasse aux cochons, et celle au coqs avec la ficelle.
Et puis surtout on allait manger sur la côte ouest, il y avait un grand tamara le dimanche..
Sans lui je n'aurais rien connu de l'esprit Polynésien, et certaines coutumes.
Il est partit comme les autres à 60 ans, notre age moyen de survie. Bien à toi.

Jean-Paul 04/02/2016 09:46

Salut Pierrot,
Très bon article qui nous ramène à certains très bons souvenirs. La pêche sans appâts, par exemple. Tu sais j'allais plonger aussi sous le Tahara'a, du temps où c'était encore propre. Très belle photos. Merci.

N.L. Taram 04/02/2016 09:57

Salut Jean-Paul,
sous le Tahara'a était aussi mon lieu de pêche. Avant la construction de l'hôtel, avec ma vahine, nous allions en vespa sur le plateau qui domine, on descendait vers la mer au milieu des pandanus et on finissait la descente par une vieille échelle métallique toute rouillée contre la falaise. Souvenirs, souvenirs... Je n'ai pas connu Fanga et Muru à la "triste" époque... Je pense que tu comprends mon bonheur.