LE SERVICE MILITAIRE (4)

Publié le par N.L. Taram

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Nous voilà pour trois mois à Moruroa. Je ne sais pas encore ce que nous sommes venus faire là, mais cela n'a aucune importance quand on est militaire on ne se pose pas de question. Pour moi, je compte surtout me reposer, faire des économies et, enfin, pour passer le temps, pas de problème : j'ai quelques livres, un petit électrophone et des disques, un jeu de dames et d'échecs et, surtout, un masque, un tuba, une paire de palmes. Mon ami et collègue de travail, Émile Lenglet, est avec moi et, lui aussi, est amateur de ces mêmes loisirs.

 

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 VII - La ballade du soldat

 

 

Papeete17-12-63

17/12/1963 départ pour Moruroa

 

 Ma première lettre :

 

SP 91309, le 21/12/1963

 

"Chère maman,

... Comme prévu, nous avons embarqué le 17 à 6h du matin. Après deux jours et demi de voyage agréable et ensoleillé, nous avons débarqué à Mururoa.... (description de l'atoll)... Ce soir, j'ai été obligé pour la première fois de mettre un pullover..."

 

Passons le relai aux "Pages d'Histoire" >>>

LA BALLADE DU SOLDAT (1)    

LA BALLADE DU SOLDAT (2)  

 

 

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 SP 91309, le 29/12/1963

 

"Chère maman,

... Voilà une semaine que nous sommes installés ici. Je pensais m'ennuyer, mais non au contraire, je n'ai pas encore eu le temps de lire, j'ai juste le temps d'écouter quelques disques le soir. La journée, on travaille ou on se baigne. Ce matin, j'ai fait une partie de pêche sous-marine, j'ai rien pêché )... La Noël c'est bien passé. J'étais de garde et toutes mes sentinelles étaient ivres. Nous avons tous reçu des cadeaux, comme c'est la coutume dans la légion ; j'ai eu une grande serviette de plage, une lampe électrique rechargeable, un maillot de bain, un jeu de bridge complet (108 cartes) de très belle qualité, une paire de ciseaux pliants...."

 

 

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 SP 91309, le 15/01/1964

 

"Chère maman,

... Nous pêchons les poissons avec un harpon ou un bout de fil et un hameçon. Nous faisons cuire la pêche au feu de bois, au bord de l'eau... J'ai oublié de te dire que de Tahiti à ici nous avons changé de fuseau horaire : nous ne retardons plus que de 10 heures sur la France au lieu de 11...." 

 

 

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 SP 91309, le 25/01/1964

 

"Chère maman,

... Hier soir, nous sommes allés à la pêche à la langouste jusqu'à une heure du matin au bord de l'océan. Nous en avons ramené une quinzaine que les cuisiniers nous ont préparées pour ce midi : un vrai régal. Pour les attraper, c'est très facile : on marche le long des récifs de corail, de l'eau jusqu'à la cheville et dès qu'on voit une langouste, le pied dessus et on la ramasse avec la main. On attrape aussi beaucoup de poisson qui, surpris dans leur sommeil, se laissent facilement harponner..."

 

 Passons le relai aux "Pages d'Histoire" >>>

LA BALLADE DU SOLDAT (3)  

 

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 SP 91309, le 23/02/1964

 

"Chère maman,

... (Je passe sur les descriptions du lagon, du récif frangeant et des parties de pêche, il y en a des pages) A propos de la section, nous sommes 17 du génie et 20 de la légion. Les légionnaires sont très bien avec nous ; ils sont plus obéissants que le génie ce qui nous facilite le travail. Le chef de section est toujours le lieutenant avec qui nous sommes partis de Paris (celui dont j'étais le secrétaire au chantier de Tahiti) ; il est très sympathique et se débrouille pour nous procurer ce qui nous manque : journaux, livres, boissons, véhicules pour aller à la pêche..."

 

 

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SP 91309, le 29/02/1964 

"Chère maman,

... En ce moment, nous sommes en train de construire le foyer, tout en tronc de cocotiers et palmes tressées. Hier après-midi et cet après-midi, nous sommes allés au milieu du lagon en canot pneumatique. Nous avons pêché quelques nacres grandes comme des assiettes... J'ai encore beaucoup de choses à te raconter, mais je me réserve pour mon retour..." 

 

Papeete, le 21/02/1964 

"Chère maman,

Me voilà arrivé à Tahiti depuis mardi après un très bon voyage... Je ne regrette pas mon séjour à Mururoa car j'y ai appris des choses intéressantes..." 

 

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 Merci à Georges Pierrot, notre boulanger à Moruroa, qui m'a autorisé à publier ses photos qui sont nettement meilleures que les miennes et, surtout, qui n'ont pas subi le climat humide de Tahiti depuis près d'un demi-siècle.

 

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Mon contrat de 3 ans avec l'armée se terminant le 31 août 1964 et ayant droit à 2 mois de congé, je devrais prendre l'avion à la fin juin pour mon retour en France. Mais au retour de Moruroa, je retrouve mes ami(e)s et je ne m'inquiète pas trop de mon prochain départ.

"Septième ciel" ? Différents sujets partagent ce nom : astronomie ancienne, religion, cinéma, télévision, musique, littérature, sexologie. Les quatre premiers ne m'intéressent pas, je n'ai pas suffisamment de temps pour les deux suivants, reste le dernier... 

 

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VIII - Le Septième Ciel

 

Papeete, le 21/03/1964 

"Chère maman,

... Les installations du camp se sont améliorées, mais il y a trop de militaire maintenant. Les légionnaires ont fini par se fâcher avec les tahitiens de Papeete qui sont pourtant très hospitaliers. Si on laisse la légion ici, les tahitiens vont finir par demander l'indépendance ! (écrit prémonitoire, serais-je un devin ?). Maintenant, une bonne nouvelle, à partir de lundi je travaille chez le trésorier du Centre Expérimental du Pacifique ; les bureaux se trouvent à Papeete. Tous les matins, je prendrai le petit déjeuner en ville (café au lait, croissants), ça me changera du "jus" infect qu'ils nous servent au camp...." 

 

Papeete rue Leboucher

(Blanchisserie Blanche-Neige à gauche)

 Mon snack du matin sera celui qui est à l'angle des rues Clappier et Albert Leboucher, ma blanchisserie sera "Blanche-Neige" juste à côté et mon coiffeur Afo à deux pas mitoyen du ciné Moderne.

 

Papeete, le 31/03/1964 

"Chère maman,

... D'ailleurs, avec mon scooter, je reste rarement à Papeete ; les dimanches, je vais dans les villages où ils ne connaissent pas encore les horreurs de la civilisation."

 

Papeete, le 28/04/1964 

"Chère maman,

...  Pour le moment, je continue ma petite vie tranquille, je travaille le moins possible et je sors le plus possible. Je passe de très bons moments et je n'économise pas beaucoup d'argent. Je dors aussi très peu (hé !)... Je passe les week-ends dans un "fare" (comme ceux que je construisais à Muroroa) au bord de la mer à 15 km de Papeete (hé, hé !). Le fare appartient à des amis tahitiens habitant à Papeete. Ils sont très sympas et je vais souvent chez eux passer la soirée....

 

(cette photo n'a rien à voir avec l'histoire ci-dessous)

Copine3 

En fait, une soirée au Zizou avec la charmante F...., où nous avons dansé jusqu'à 23 heures ; puis une balade en vespa jusqu'à la plage Sigogne (déjà bien occupée)... et la nature a fait le reste, pas plus compliqué. Pourquoi toutes ces simagrées, tous ces préludes, alors que le 7ème ciel est si proche...

Le deuxième soir, même chose ; mais le troisième soir, elle me dit "on va chez moi, je t'indique le chemin". Il est tard, un petit fare en pinex au bord du chemin, pas de lumière, tout est silencieux. Elle tape à la porte, la lumière d'une lampe à pétrole apparait, une mama ouvre la porte. Elles s'embrassent, elle m'embrasse ainsi que le papy qui se lève du lit. Deux pièces, une cuisine et une chambre, les parents déposent un peue (tapis tressé) dans la cuisine, ils s'y installent pour dormir et nous laissent le lit encore chaud... Ce n'est que le lendemain que je réaliserai, j'ai enfin trouvé le vrai bonheur, la simplicité, je commence à penser que j'aimerais rester à Tahiti... 

 

Papeete, le 6/05/1964 

"Chère maman,Camerone 64

...  Je vais te raconter en quelques mots les fêtes de "Camerone" : Mercredi soir (29.4), veillée avec musique, scène, disques, prises de vues, film et l'histoire de Camerone (j'y suis pas allé car j'étais fatigué). Jeudi matin : Prise d'arme et défilé au camp (je suis resté au lit). jeudi après-midi et soir : kermesse et bal au camp avec brasserie, buvette et snack-bar organisés par nous. J'ai tenu un stand de 16h à 19h. J'ai réussi à liquider toute la marchandise et à 20 h, nous avons pu fermer le stand et aller danser. Les tahitiens qui aiment s'amuser et dépenser, étaient venus en grand nombre... (dans le stand que je tenais, il fallait jeter des pièces dans une assiette au milieu de stand et faire en sorte qu'elles y restent, un légionnaire a gagné un petit cochon, il a dansé toute la soirée avec son cochon en laisse  )".

 

Suivent quelques lettres où je fais part à ma mère de mon antimilitarisme.

Le 3 juin, j'écris "... je me considère en vacances. Ce n'est pas 3 ans d'armée dont 1 avec la légion étrangère qui m'ont fait devenir patriote, au contraire.

Le 10 juin, j'écris "Heureusement que je suis libéré prochainement...".

Le 17 juin, j'écris "... ce qui fait qu'ils ne sont pas prêt de me revoir au 5ème Rgt mixte du Pacifique"

 

5°RMP ARUE2

 

Pourtant le 24 juin (mon départ est prévu pour le 1er juillet), j'écris "Quant à mon esprit militaire, il est très bon et ce n'est pas dit que je ne rengage pas un jour".

En fait, j'ai demandé, depuis début juin, ma libération sur place ; mais étant dans les premiers en fin de contrat, il semblerait que les chefs n'ont fait suivre mon dossier aux services du Gouverneur ou n'aient pas bien gérer ma demande. Mais cela, je n'osais pas le dire à ma mère tant que je n'étais pas sur de la réponse.

 

Ce que je ne raconte pas :

 

Image4Ma liaison avec F.... n'aura duré que quelques jours. Je sors tous les soirs avec mon ami Gilbert qui m'a rejoint depuis Avignon. Nous avons une chambre à Faa'a, louée chez un papy. Un soir, au Zizou (si je me souviens bien), nous rencontrons deux vahine que nous invitons pour la soirée. Comme d'habitude, étant plus grand, je danse avec la plus grande et mon ami avec la plus petite. Les soirées se terminent toujours chez le papy à Faa'a. Ce n'était pas vraiment parfait et le troisième soir, les vahine s'imposent, je me retrouve avec la petite et mon ami avec la grande. Et là, je bascule... je la vois, en moyenne trois fois par jour, je m'échappe du boulot (bureau de paye situé au Grand Hôtel) dés que je peux et je termine la nuit dans la petite baraque située dans la colline au-dessus de Papeete (quartier Orovini). Je ne veux plus la quitter... pourtant, je ne me souviens plus de son prénom, elle me disait être native de Rairoa (Rangiroa) ou Raroia. Je suis resté avec elle, jusqu'à mon départ vers l'aéroport, un matin du 1er juillet.   

 

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Mon dernier texte à ma mère, le 30 juin 1964 :

 

"Ce que je regrette un peu, c'est tout le mauvais côté qu'a apporté la civilisation dans ce pays. On s'aperçoit même du changement dans le caractère des gens en un an depuis la venue des militaires. Au début, on a été reçu à bras ouvert, maintenant, on est obligé de faire des patrouilles de sécurité pour protéger les militaires contres les jeunes tahitiens (remarques qu'ils n'ont pas torts, ça me rappelle la façon dont nous avons reçu les pieds-noirs chez nous).

A part ça, je regrette de quitter ce pays et il n'est pas dit que je n'y revienne pas un jour (avec toi, bien entendu)"

 

 

Affiche TAI

 

Fin 1963, la compagnie TAI devient UTA

 

Mercredi 1/7/64 - PAPEETE

Jeudi 2/7/64       - HONOLULU

     ""                 - LOS ANGELES

     ""                 -  MONTREAL

Vendredi 3/7/64 - PARIS

 

 

à suivre....   LE_SERVICE_MILITAIRE_5

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N.L. Taram 02/07/2015 00:38

Bonjour Ida,
non, je n'ai pas connu Gilbert Le Cloirec. Il est vrai qu'à la suite du 1er détachement arrivé en juillet 1963, le nombre de militaire, toutes armes, s'est accéléré, de plus ils étaient mutés rapidement en différents endroits de la Polynésie. En 1966, la "Force Alpha", un porte-avions et ses bateaux annexes, comprenait 5.000 marins. Je vous conseille de rechercher sur des sites comme :
http://laroyale.forum0.net/portal (s'il était marin)
http://www.lescobayesdelarepublique.org/
http://muru3.free.fr/introduc.htm

Ida Swindell 01/07/2015 23:41

Avez vous connu un certain Gilbert Le Cloirec? Il etait a Tahiti pendant ces annees la