SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE DU PACIFIQUE

Publié le par N.L. Taram

Voici un texte très intéressant de H. Nelly TUMAHAI.
Elle pose quelques questions pertinentes auxquelles nous devrons apporter des réponses, si nous espérons accéder un jour à la souveraineté.
 
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Pour une souveraineté monétaire du Pacifique
 
L’assouplissement quantitatif par  rachat de dettes publiques de Pays de la zone euro qui sera mis en œuvre par la BCE démontre la puissance de manœuvre d’une telle institution sur une zone économique.
 
Pour nous qui sommes dans le Pacifique, avec une économie complètement différente de celle des pays de la zone euro, Il est temps de  se projeter pour bâtir notre communauté du Pacifique avec notre monnaie qui aurait sa propre valeur face aux autres devises.
 
Nous avons un long cheminement, mais il conviendrait aux décideurs de l’entamer car quand tout ira très très mal dans le monde, les puissances se tourneront vers le Pacifique, c’est déjà même enclenché :
 
          - 2012 Hilary Clinton secrétaire d’Etat US s’est rendue aux îles Cook au forum des îles du Pacifique, certainement pas sans intérêt.
          - 2014 le Président Chinois M. Xi saisissant l’occasion du 9e sommet du G20 à Brisbane, en Australie,  a effectué des visites d'Etat en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Fidji. A l’issue, La Chine, l'Australie, la Nouvelle-Zélande ainsi que huit pays du Pacifique Sud ont annoncé, l'établissement des relations de partenariat stratégique.
 
Le Pacifique est une zone économique importante qui a des ressources donc une portée économique. Notre zone Pacifique devrait être préservée et s’ériger en puissance économique pour ne pas être rattachée au reste du monde qui est train de couler.

 

SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE DU PACIFIQUE
Ceux qui l’ont bien compris ce sont les Pays du Commonwealth.
 
En 2010, le Secrétaire général du Commonwealth, Kamalesh Sharma, contactait le Premier ministre du Vanuatu, Edward Natapei, pour discuter, entre autres, de bonne gouvernance et des problèmes auxquels doivent faire face les petites États insulaires de la région. Ils se sont entendus, sur le besoin de rapprocher le Commonwealth - qui regroupe pour la plupart d’anciennes colonies britanniques - et la Francophonie, mais jusqu’à présent que le Vanuatu,  ex-condominium franco-anglais, est concernée, pour partager leurs intérêts communs en matière de développement social et économique.
 
Alors quoi faire ?
 
Même si cela peut paraître utopique notre force viendrait d’un rapprochement économique des 3 collectivités françaises dans le Pacifique d’abord entre elles, puis d’une communauté élargie avec les autres Etats du Pacifique.
 
Il vaut mieux être une force économique dans une union, qu’un Pays indépendant isolé.  
 
Une communauté du Pacifique pour multiplier nos échanges et les valoriser
 
Trois collectivités françaises du Pacifique avec une même monnaie
 
Déjà les trois collectivités françaises du Pacifique que sont la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis et Futuna ont la même unité de compte, le XPF rattaché à l’Euro avec une parité fixe de 1€ = 119,33 XPF.
 
A l’aune d’une démarche de construction économique, la question qui se pose pour ces 3 collectivités françaises est  « l’Euro est-elle la monnaie à prendre ?  ».
 
Actuellement, même si nous avons une parité fixe avec l’Euro, il n’est pas juste de dire que nous sommes déjà dans l’Euro.
 
Une économie à part entière se construit avec une monnaie, nous n’en avons pas, c’est l’IEOM qui émet nos billets au regard d'études conjoncturelles. Nous ne maîtrisons pas le XPF, or obtenir la compétence monétaire permet de réguler l’économie.
 
Si nous passons à l’Euro, plus d’IEOM, il suffit de regarder les Antilles pour voir que cette monnaie n’est pas adaptée aux économies d’Outre-mer, nous serons en direct et subirons la politique monétaire de la BCE……
 
Il faut savoir que lorsque la France et les autres pays européens sont passés à l’euro, c’est au regard d’un pacte de stabilité, les fameux accords de Maastrich, avec des critères de taux d’inflation de dette publique et de déficit budgétaire (dette publique < 60 % du PIB et de déficit budgétaire < 3 % PIB qui ces jours-ci ne sont plus respectés par les pays fondateurs de la CEE dont la France).
 
Bref au regard de ces critères le passage du FF à l’Euro a donné cette parité 1€ = 6 FF ; avec cette parité la France a connu une inflation suite à l’Euro.
 
Nous, avec une parité de 119,33 XPF, c’est forcé que le passage, la prise de cette monnaie, verra une inflation phénoménale.
 
Il faut bien comprendre que cette question de prendre l’Euro ou d’avoir notre monnaie, est fondamentale pour notre avenir. Elle devrait même être un sujet de référendum.
L’Euro c’est la solution facile, c’est aussi une sorte de «  largage » de l’Etat….plus question pour l’Etat de maintenir l’IEOM, puisque nous serions rattaché à la BCE…..
 
Des exemples internationaux ont démontré le désastre économique de tels choix ; tel que l'Argentine lorsqu'elle avait opté pour une parité fixe avec le dollar : effondrement de sa monnaie et de son économie..... 
 
C'est une hérésie de penser que l'Euro va encourager ou rassurer les investisseurs à investir en Polynésie, leur retour sur investissement sera long, voire risqué ; vu nos niveaux de prix en XPF, un investissement en Polynésie en Euro n'est pas compétitif, même si ces jours-ci la BCE va se lancer dans une grande opération de « QI »  assouplissement quantitatif  pour avoir un Euro bas plus compétitif, nous n’en aurons que très peu d’impacts.
 
En revanche, créer notre monnaie adossée à un panier de monnaie, c’est consolider notre spécificité économique. Là nous aurions une monnaie avec une valeur qui pourrait se déterminer sur le marché.
 
En effet, il faut rappeler que  la valeur de notre XPF est rattachée à la parité de l’Euro en France et aussi à la merci de la France si elle voulait dévaluer notre cours.
 
En revanche avec notre propre monnaie, par exemple sa valeur s’établirait au regard de l’offre et la demande de notre monnaie par rapport aux autres devises, c’est pourquoi il nous faut beaucoup travailler, avoir une économie forte, et que l’extérieur achète nos produits, donc notre monnaie.
 
La solution et l'orientation qu'il convient d'engager, est effectivement une monnaie des trois collectivités du Pacifique que sont la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis et Futuna adossée sur un panier de monnaie lié aux échanges de notre zone, cette solution donnerait un cours qui fluctuerait face à l'Euro et aux autres devises au regard bien évidemment de l'offre et la demande de la monnaie des 3 collectivités francophone du Pacifique ( à créer ). 
Là, l'intérêt d'être souverain prend toute sa dimension ; là, l'intérêt de bâtir une zone économique du pacifique sur un socle économique jette les bases d'intérêts communautaires.
 
Pour une construction d’une communauté économique du Pacifique
 
Plus qu’un renforcement de la coopération régionale, il nous faut bâtir une communauté économique du Pacifique.
 
La Polynésie depuis mai 2013 est réinscrite à l’ONU sur la liste des Pays à décoloniser.
La résolution L56 affirme "le droit indéniable de la population de la Polynésie française à l'autodétermination et à l'indépendance", conformément à la charte de l'ONU (article 73 sur les territoires non autonomes).  Elle invite le gouvernement français à "faciliter et accélérer la mise en place d'un processus équitable et effectif d'autodétermination" en Polynésie.  
 
Mais avons-nous un réel programme de développement économique pour accéder à notre souveraineté ?
 
La Calédonie, dans sa démarche de réinscription, concluait avec la France les accords de Matignon en juin 1988, certes d’abord pour manifester la volonté des habitants de Nouvelle-Calédonie de tourner la page de la violence vers une construction équilibrée de la Collectivité.
 
Mais surtout, ces accords prévoyaient une période de développement de dix ans, avec des garanties économiques et institutionnelles pour la communauté kanak, avant que les Néocalédoniens n'aient à se prononcer sur leur indépendance
 
En mai 1998, un second accord (accord de Nouméa) était signé pour repousser l'autodétermination jusqu'à une période située entre 2014 et 2018. Cet accord a  prévu un transfert progressif jusqu'en 2014 de compétences dans tous les domaines sauf la défense, la sécurité intérieure, la justice et la monnaie ( hélas ) qui restent des compétences de la République française. Toutefois, en matière de politique étrangère, il est prévu d'associer la Nouvelle-Calédonie aux actions de coopérations régionales.
 
Voyons plus loin pour nos Pays, voyons nos intérêts dans notre zone.
 
Regardons l’audace de petits Pays indépendants du Pacifique qui ont des consultants indépendants auprès de l’ONU comme M. Lelei TuiSamoa LeLaulu, consultant originaire de Samoa, actuellement à Tahiti à l’occasion de la 2ème édition du TEDx où il interviendra sur le thème de la « renaissance polynésienne ».
 
Lelei TuiSamoa LeLaulu est  spécialisé sur les enjeux du développement durable, du changement climatique et de la gouvernance dans la région Pacifique auprès de grandes institutions internationales ou régionales comme l’ONU, la Banque Mondiale, la Banque Asiatique de Développement ou le Forum des Iles du Pacifique. Lelei TuiSamoa LeLaulu conseille également les gouvernements australien ou américain sur les questions de coopération régionale dans le Pacifique.
 
Reçu, vendredi 23 janvier 2015 par le Président E. Fritch, Les deux hommes ont principalement échangé sur la culture, les valeurs polynésiennes, l’esprit d’équipe, le dynamisme dans le domaine du sport (20% des joueurs de rugby participant au championnat du monde sont d’origine polynésienne - source Tahiti news 25/01/2015 ).
 
Faut-il alors se résigner à accepter que dans le processus équitable d'autodétermination pour la Nouvelle-Calédonie et pour la Polynésie, les compétences de monnaie soient exclues ?
 
Et ainsi, se fermer la porte d’une possible construction pérenne d’un socle économique d’une zone pacifique.
 
Ne faudrait-il pas engager auprès du Conseil de Tutelle de l’ONU, la mise en place d’un programme soutenu de trusteeship.
 
Soit, des accords de tutelle dans lesquels nos relations avec la France seraient  sous contrôle international pour concrètement fonder des bases de progrès dans les domaines politique, économique.
 
Dans ces accords la construction et le transfert de la compétence monétaire devraient être le moyen fondamental pour les collectivités françaises du Pacifique pour atteindre la pleine autonomie et accéder à la souveraineté.
 
    Punaauia le 25 janvier 2015 
H. Nelly TUMAHAI

Publié dans Economie PF

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N.L. Taram 29/01/2015 10:31

C'est en effet un sujet intéressant. Ce projet d'une monnaie "Pacifique" mérite qu'on l'étudie de près, mais "ne mettons pas la charrue avant les bœufs", comme dirait notre ami J.L. Mélenchon.
Je fais une parabole :
J'ai une voiture usagée ; je souhaite mettre des roues neuves, lui donner une couleur locale, peinture, housses de siège,... Mais le moteur est en panne. Donc pour faire mon tour de l'île, je dois commencer par réparer le moteur.

N.L. Taram 29/01/2015 16:46

Mon cher René, l'histoire de la voiture, c'était une parabole. La voiture c'est le Pays ; la couleur locale, ce sont les aménagements pour touristes ; les roues, c'est la monnaie ; et le moteur, c'est l'économie.
Merci pour l'intérêt que tu portes à mes élucubrations...

René HOFFER 29/01/2015 12:05

N.L. Taram Pierre, tu écris : "j'ai une voiture usagée".
Bien.
Donc c'est la tienne.
Pour la "monnaie"... ce n'est pas le cas. C'est là où tout est faussé.
D'où mon commentaire.
Aussi je te conseillerai de ne pas mettre d'argent dans le moteur, des fois que s'il marchait le propriétaire reprenait ton véhicule hahahaha
Pour la monnaie : avant de vouloir bidouiller quoi que ce soit, pense à rendre à César ce qui est à César? Bon, c'est juste pour participer au schmillblick.... rollstahiti@gmail.com

René HOFFER 26/01/2015 09:27

Bonjour Nelly,
Magnifique caricature...que je lis aussi dans ce titre : "Trois collectivités françaises du Pacifique avec une même monnaie".
En effet, pour pouvoir parler de monnaie, encore faut-il qu'elle existe. Or ce n'est que de la "monnaie de singe". (Sans réserve).
De "l'argent" de monopoly. De même valeur qu'un petit cailloux ou un coquillage sur une table de Kikiriri, etc...
Voir par exemple:
http://www.ombudsman.europa.eu/decision/fr/020570.htm
http://www.ombudsman.europa.eu/decision/fr/032077.htm
http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=13600801
Pour les XPF (je n'ai pas tout lu ni vérifié mais pour l'essentiel tout y est) : http://www.midiassurancesconseils.com/CFPdskXPF.htm
http://politique-francais.forumsactifs.net/la-taverne-et-actualite-f121/voulant-m-acquitter-de-mon-amende-l-euro-na-pas-cours-legal-en-polynesie-francaise-t129.htm

ou encore mon livre:
https://tsw.createspace.com/title/5201431

Mon e-mail: rollstahiti@gmail.com

N.L. Taram 26/01/2015 10:24

Bonjour René,
merci de ta visite et de ton commentaire. Ce sujet est important et je pense qu'il faut en débattre.
Mais nous n'en sommes pas encore au "patu"...