LE SERVICE MILITAIRE (10)

Publié le par N.L. Taram

X - Une si longue absence

 

Pendant mes vacances involontaires du 1er juillet 1964 au 3 janvier 1965, le groupe Génie/Légion (5ème RMP) continuera à œuvrer.

Les travaux du camp d'Arue avancent bien : baraques Fillod, hangar HV9, mess sous-officiers près de la "Source de la Reine", remblaiement total des marécages, place d'armes,...

 

5°RMP ARUE8

 

Durant les années 1964-65, le 5ème RMP réalise les routes de Tefaana et du « maître ouvrier Launay » dans la vallée de l’Ahonu, lance le pont flottant de Fare Ute, relève des digues de rivières et lutte contre les incendies dans la montagne Fare Rau Ape sur l’île de Tahiti.

 

Motu Uta 1

 (pont Bailey sur bateaux reliant Fare Ute au motu Uta)

 

Ahonu1

 

La route dans la vallée de l'Ahonu permettra la construction d'un captage d'eau qui fonctionne toujours. Ce petit barrage fera la joie des enfants (dont les miens 20 ans plus tard).

 

 

Pourquoi le nom de "maître ouvrier Launay" ? : " Un triste souvenir. Au fond de la vallée de la Ahonu, on peut voir entre la route et la rivière, une grosse pierre de 1,50 m de hauteur, qui commémore la mort accidentelle du maître ouvrier René Launey lors des travaux de percement de la route d’accès à la vallée." >>>

 http://www.tahitiheritage.pf/fiche-pierre-commmorative-de-lahonu-23626.htm

 Vallée Ahonu 1965 66

 

Une anecdote d'un collègue de René Launay, Jean-Claude G. :

 

"Lors d'une reconnaissance du chantier de l'Ahonu, nous sommes partis en treillis, coupe-coupe et fusil mitrailleur comme si nous allions partir en guerre !!! avec comme boisson un bidon de vin rouge. Nous avons traversé 28 fois la même rivière. Par la chaleur et l'abus de vin nous étions un peu gais. Le soir venu, nous installions le camp avec comme compagnons des moustiques très voraces. Très mauvaise nuit......"

 

 

 

 

Le 5 janvier 1965, après 38 heures de vol et un trajet à peu près identique au premier (Bangkok au lieu de Saïgon), me voilà à Tahiti.

 

Front mer01-65

(Front de mer Papeete 1965)

 

 

Fariipiti 1965

 

Premier achat une vespa, ensuite première mission au Vaima où je retrouve mes amies barmaids. Après les accolades, je demande un logement en ville, l'une d'entre elles me propose une chambre à Fariipiti (quartier de Papeete). Je saute sur l'occasion et me retrouve en plein bidonville, impasse Octave Moreau, mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Et l'ivresse des plaisirs, nous l'avons eu, je ne m'étendrai pas là dessus...

 

Papeete, le 10/01/1965

 

"Chère maman,

... J'ai commencé à travailler vendredi, je travaille dans un bureau au port (emplacement futur de la DCAN). Pour le moment, je fais des fiches, pas très intéressant. J'ai trouvé un logement en ville, petit à petit, je vais l'aménager, j'ai aussi trouvé un scooter, il ne me manque plus que l'électrophone et je serais bien installé... (Après quelques commentaires sur la situtation) Pauvres contribuables ! Il faut bien dépenser les 800 milliards de crédit que l'état nous a accordé pour 1965 (je parle de crédit pour le CEP)..."

 

Papeete, le 21/01/19655°RMP ARUE5

 

 

"Chère maman,

... Cette semaine, il y a eu des changements, je fais le même travail, mais nous avons déménagé à Arue. Nous sommes très bien installé dans des locaux prévus pour les pays chauds (place d'armes). Ce changement me fait plaisir, car je me retrouve à table avec des légionnaires qui, eux, mangent proprement et sont en moyenne d'un niveau intellectuel supérieur aux appelés du génie (toc, je commence à changer d'idée)."

 

Papeete, le 21/01/1965

 

"Chère maman,

... L'ambiance a beaucoup baissé à Tahiti, mais je pense que cela est dû aux pluies et aux difficultés financières après les fêtes. Beaucoup de gens travaillent pour l'armée et, automatiquement, sortent moins souvent ; plus les gens travaillent moins ils s'amusent, c'est un lieu commun..."

 

Jean Paul 1Papeete, le 3/02/1965

 

"Chère maman,

... Cette semaine, mon lieutenant et mes deux adjudants sont partis en inspection à Mururoa, ce qui fait que je reste seul avec les deux secrétaires vahinés et le frigidaire. La journée passe très vite... "

 

 

Papeete, le 18/02/1965

 

"Chère maman,

... J'ai trouvé un guitariste militaire qui est amateur de musique noire, comme celle que j'écoutais souvent. Ce soir, nous allons chez moi écouter mes disques... (Jean-Paul, si tu me lis, téléphones-moi, ta dernière adresse était Paea)..."

 

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Je saute de nombreux passages intéressants, sinon je n'en verrai jamais la fin... Bien sur, je n'ai pas retrouvé la copine que j'avais avant mon départ en juin 1964. Une autre prendra sa place, ainsi va la vie...

 

Louise

 

 

"... Quand je quittai le quai, au moment de prendre la mer, je regardai pour la dernière fois Teura. Elle avait pleuré durant plusieurs nuits. Lasse maintenant et triste toujours, mais calme, elle s'était assise sur la pierre, les jambes pendantes effleurant de ses deux pieds larges et solides l'eau salée. La fleur qu'elle portait auparavant à son oreille était tombée sur ses genoux, fanée .De distance en distance, d'autres, comme elle, regardaient, fatiguées, muettes, sans pensées, la lourde fumée du navire qui nous emportait tous, amants d'un jour. Et de la passerelle du navire avec la lorgnette, longtemps encore il nous sembla lire sur leurs lèvres, ce vieux discours maori : ..." (Paul Gauguin - Noa Noa)

 

 

à suivre....

Publié dans Souvenirs

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Maiarii 30/10/2012 05:50


Pierre, dis moi un peu si tu trouvais que la vie était chère à cette époque. Avec ma famille, on n'avait pas de moni mais on mangeait les poissons qu'on pêchait et les legumes du fa'a'apu

N.L. Taram 30/10/2012 07:30



Ma chère Maiarii,


la vie est toujours chère pour ceux qui ont rien ou peu ; pour moi, je trouvais le coût de la vie acceptable... J'écrivais à ma mère le 27/01/65 "Les prix n'ont pas encore augmenté mais ça ne
saurait tarder. Je me demande comment les chinois (commerçants) arrivent à vivre en faisant d'aussi faibles bénéfices". Mais le 3 février j'écrivais "... il s'en suivra une hausse des
produits de vente... Les gens les plus honnêtes et les moins avides d'argent sont encore les chinois, mais si la vie augmente, ils seront obligés d'augmenter leur prix".


Les temps ont bien changé depuis....